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L’exception culturelle : Une règle en quête de contenus.

La toute récente décision prise par l’Unesco de commencer la rédaction d’un instrument politique international susceptible de protéger et de promouvoir la diversité culturelle souligne à quel point la culture est devenue un enjeu de politique mondiale. Ce qui au départ pouvait apparaître comme l’expression du feu mal éteint d’une France flamboyante est désormais un flambeau dont on se dispute le port, tant sont réels les risques d’uniformisation culturelle. Si la culture ne saurait se soustraire au marché, elle ne saurait s’y soumettre totalement.

Le premier enjeu de la diversité culturelle est donc de reconnaître à la culture le statut d’un bien qui n’est pas seulement marchand. Mais cette démarche n’a désormais de sens que si elle est posée au plan mondial.

Mais une fois cette reconnaissance établie, ce qui n’est pas encore le cas, il reste naturellement à s’intéresser au contenu de cette diversité. Or c’est là que les choses se compliquent, car les acceptions de la diversité ne sont naturellement pas les mêmes d’une société à l’autre, et la reconnaissance de toutes les singularités peut déboucher sur un relativisme ravageur .Ces problèmes commencent à peine à être posés.

Le texte qui suit s’attache à mettre en valeur trois dimensions de ce débat.

Le premier consiste à montrer comment la question de la diversité culturelle s’est construite politiquement au niveau européen, depuis un peu plus d’une dizaine d’années contre une vision américaine très clairement opposée à ce principe. Ainsi, des sociétés européennes entretenant des rapports historiques différents à la culture sont parvenues à défendre une position commune.

Mais défendre un point de vue commun ne suffit pas car l’évolution des technologies et des rapports de force fait que l’articulation entre le marché et la culture est en permanente renégociation. C’est la raison pour laquelle la protection de la diversité culturelle n’est jamais stabilisée. C’est précisément le second angle de ce texte.

Le troisième s’attache enfin à esquisser ce qui sera le véritable enjeu de la diversité culturelle : celui des contenus. Freiner la concentration de l’offre culturelle, traiter de la diversité culturelle en Europe à la majorité qualifiée et promouvoir une vraie circulation mondiale des œuvres, tels sont les objectifs sans lesquels la diversité risque de se transformer en principe général d’autant plus facilement admis qu’il sera vidé de tout contenu.

On sait à peu près clairement ce que la protection de la diversité culturelle veut empêcher. Il lui reste encore à prouver ce qu’elle veut et peut promouvoir.

L'auteur

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Jean-Michel Baer

Jean-Michel Baer a assuré jusqu’en mai 2003 la direction de la Culture et de l’Audiovisuel à la Commission Européenne.