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Sortir de la jungle : Pour une gouvernance des marchés mondiaux.

Tout le monde ou presque en convient. La régulation est le maître mot de la mondialisation maîtrisée. Mais dès qu’il s’agit de donner un contenu concret à celle-ci les définitions et les priorités des acteurs divergent rapidement.

L’échec du sommet de l’OMC à Cancun en atteste. Pour des pays comme le Brésil par exemple, qui sont parvenus à bloquer la négociation, réguler la mondialisation signifie avant tout ouvrir les marchés du Nord à leurs exportations agricoles et supprimer les subventions à l’exportation des pays riches. C’est à leurs yeux un préalable.

Le point de vue de l’Europe est à cet égard sensiblement différent. Pour elle, l’ouverture des marchés n’est qu’un aspect du problème. La recherche de mesures régulatrices en matière d’environnement, de travail, de concurrence, d’investissement, de passation des marchés est aussi fondamentale.

Or de cela les pays du Sud ne sont pas tous convaincus, car la priorité reste pour eux l’accès aux marchés du Nord. C’est ce conflit de priorité qui explique notamment l’échec de Cancun. On comprendra donc dans ces conditions que la volonté des altermondialistes de vouloir ramener les débats à l’OMC à un affrontement entre forces de régulation et partisans du laissez faire relève de la caricature.

Le texte que nous présentons ici ne porte pas sur tous les enjeux de la régulation. Il s’intéresse à l’un d’entre eux qui est celui de la recherche d’une gouvernance en matière de concurrence.

Son propos essentiel consiste à montrer qu’il existe un décalage réel entre la mondialisation des marchés et leur régulation juridique. La conséquence de cet état de fait est la constitution de véritables cartels dont les principales victimes sont les pays du Sud.

Certes, la plupart des Etats se sont dotés de droits de la concurrence. Mais leur faiblesse réside dans le fait que ces droits restent purement nationaux et qu’ils sont de ce fait insuffisants pour combattre des cartels qui se jouent des frontières.

D’où une série de propositions que fait Frédéric Jenny pour que les règles de la concurrence deviennent effectives à l’échelle mondiale.

L’opposition de la plupart des pays en développement à la mise en œuvre de ce que l’on appelle les « Singapore issues », dont la concurrence fait partie, montre à l’Europe qu’il lui faudra conduire un véritable travail politique pour faire comprendre aux pays du Sud que la mise en œuvre de règles de concurrence joue fondamentalement en leur faveur.

Ce travail sera d’autant plus difficile que les Etats-Unis n’ont, pour des raisons bien explicitées par Frédéric Jenny qu’un intérêt limité à s’engager sur cette voie. De sorte qu’au final l’Europe reste le principal demandeur de régulation mondiale.

Cette interprétation heurtera probablement bien des préjugés sur l’Europe libérale. Mais cela n’enlève rien à sa réalité.

L'auteur

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Frédéric Jenny

Économiste

Frédéric Jenny est président du groupe de travail de l’OMC sur le commerce international et la concurrence.