Tribunes

Les défauts des dettes souveraines (La Tribune, 07 décembre 2011)

07.12.2011

Pourquoi une mobilisation collective si puissante pour résoudre la crise des dettes souveraines ne parvient-elle pas à produire des solutions efficaces rapidement ? Pour des raisons de fond bien connues désormais, mais aussi pour des raisons techniques moins commentées.

 

Chacun mesure que les ressorts fondamentaux de la crise des dettes souveraines sont si profonds qu'aucun remède miracle ne parviendra à résoudre la situation actuelle. Le contexte politique rend très difficile la mise en place de solutions rapides, avec une Allemagne qui n’est pas encore tout à fait mûre politiquement pour assouplir ses positions, et se retranche donc derrière des arguments juridiques ou l’évocation de perspectives lointaines de modification des traités, et une France dont la faible crédibilité limite la capacité à faire entendre et accepter les solutions qu’elle propose.

 

Mais la phase aiguë que traverse la crise révèle l’importance parfois sous-estimée de certaines questions techniques. Ces questions sont souvent à l'origine du sentiment de frustration que crée l'écart entre des accords politiques difficilement négociés et leur laborieuse mise en oeuvre opérationnelle.

 

Les contrats d’émission de ces dettes sont hétérogènes, et ne prévoient le plus souvent pas de clauses d’action collective qui en faciliteraient le traitement en période de crise. Il est prévu qu’ils soient standardisés à l’avenir : c’est bien, mais trop tard pour le stock existant. Il faut donc bricoler les éventuels accords sur une base de volontariat, avec la médiation d’une association de banques, l’IIF.

 

Les dérivés (Credit Default Swaps – CDS) présumés protéger des risques souverains sont, eux, d’une documentation plus standardisée ; mais la procédure qui permet de reconnaître un défaut, et donc de faire jouer ces protections, est entre les mains d’un comité ad hoc. Il n’est pas certain, à ce jour, qu’il reconnaîtra que la mise en œuvre du plan du 27 octobre constitue un défaut à couvrir sur la dette grecque. Selon qu’il le fera ou non, ce type de protection sera considéré comme ayant une utilité réelle ou non. Mieux vaut donc, sans doute, qu’il le fasse.

 

Dans ce contexte, noter une dette souveraine devient une gageure. Tous les grands pays ont toujours besoin d’emprunter – souvent plus de 10% de leur PIB tous les ans – et nous savons désormais que le marché peut un jour claquer la porte au nez à chacun d’entre eux. Il faut désormais que les agences de notation apprennent à anticiper les réactions erratiques des marchés. Elles ne savent pas le faire, pas plus que quiconque. Elles doivent d’urgence adapter leur manière de noter à cette nouvelle donne. Leur interdire de s’exprimer sur le sujet n’aurait pas suffi à calmer le jeu.


Car c’est bien de calmer le jeu qu’il s’agit. Comptables et régulateurs publics seraient bien inspirés de ne pas caler toutes leurs estimations sur les valeurs de marché instantanées des dettes souveraines. Elles changent beaucoup chaque jour, sans lien réel avec une appréciation argumentée de la solvabilité du pays. Plus de souplesse dans le classement comptable des dettes souveraines dans les livres des banques aiderait. Il n’est pas sain de caler les exigences de fonds propres, comme l’a fait l’autorité bancaire européenne (EBA) sur des cours très volatiles. Dans les deux cas, la règle conduit à accroître la volatilité et la pro-cyclicité, alors qu’il faudrait viser à les limiter.


Sans traiter les questions de structure contractuelle, comptable et réglementaire, les solutions institutionnelles et politiques ne parviendront pas à dominer les marchés.
 
Que faire ? Un objectif à court terme : diminuer notablement les écarts des taux entre dettes souveraines. Les propositions affluent depuis plusieurs semaines sur les méthodes pour y parvenir, et il finira par s’en trouver une que les Allemands pourront accepter : espérons que ce sera très bientôt, plutôt que trop tard. Ayant ainsi commencé à établir la confiance, adopter des calendriers de réduction des déficits et de maîtrise de l’endettement publics qui ne précipitent pas l’Europe dans une récession qui aggraverait le problème qu’il s’agit de résoudre ; investir dans les moteurs de la croissance ; donner la priorité à l’amélioration de la compétitivité des pays les plus à la traîne.

 

Retrouvez ce texte sur le site de la Tribune en cliquant ici.

 

Retrouvez le cahier Les Défauts du défaut (Cahier d'En Temps Réel 48) rédigé par Gilles de Margerie et Hubert de Vauplane en cliquant ici

 

Une vision claire pour l'euro afin qu'il sorte renforcé de cette crise, le Monde, le 15 juillet 2011

15.07.2011

Tribune de Jacques Delors, Felipe Gonzalez, Romano Prodi, Etienne Davignon et Antonio Vitorino, cosignée par Stéphane Boujnah et Gilles de Margerie pour En Temps Réel, ainsi qu'Yves Bertoncini pour "Notre Europe", parue dans le Monde le 15 juillet 2011.

Depuis quelques jours, les perspectives d'un règlement durable de la situation financière de la Grèce paraissent s'évanouir, les dettes des Etats portugais, italien, espagnol font l'objet d'attaques de plus en plus violentes des marchés, les négociateurs publics et privés qui tentent de trouver une solution n'y parviennent pas.

Les raisons de cette impuissance sont innombrables : une fois la dégradation brutale de la notation du Portugal, une autre réside dans les difficultés du gouvernement allemand à dépasser les obstacles politiques, et peut-être même constitutionnels, qu'il rencontre, une autre encore se trouve dans l'échec d'un projet élaboré par de grands intervenants financiers mais qui ne trouve pas les soutiens nécessaires.

Mais toutes ces raisons se résument en fait à une seule : l'absence d'une vision claire des enjeux portée par des hommes politiques engageant leur crédit pour permettre de dépasser les difficultés immédiates. Vision claire : l'euro doit survivre à cette crise et lui survivra. Il en sortira même renforcé : les instruments qui manquaient à ce projet sans précédent d'une zone monétaire sans Etat et sans budget ont déjà commencé à être élaborés.

Des premiers pas ont été accomplis tout au long de la gestion de la crise : dans la douleur, certes, chaque obstacle a été franchi, et à chaque fois le projet commun des Européens a survécu, et des solutions ont été trouvées avec des innovations majeures. La nécessité a fait loi, et la coordination des politiques économiques qui aurait dû, dès l'origine, accompagner le pacte de stabilité s'est renforcée.

Sans l'euro et sans l'Europe, le sort de tous aurait été bien pire. Les nouveaux instruments communautaires mis en place devraient démontrer la capacité des institutions à faire face aux défis.

Vision claire : les Etats doivent garantir les dépôts des particuliers. Chacun doit pouvoir avoir confiance en sa banque. Mais ce n'est pas aux contribuables de payer pour les investissements des institutions financières qui ont cru pertinent d'acheter de la dette grecque, ou des obligations de banques qui se sont avérées fragiles, ou ont même fait défaut comme cela a été le cas en Irlande ou en Islande.

Les institutions financières ont pris des risques ; cela fait partie de leur métier. Leurs actionnaires, les porteurs des obligations qu'elles ont émises doivent porter leur part du fardeau. Cela doit être fait sans menacer la stabilité du système, certes, mais cela doit être fait.

Vision claire : la régulation ne peut plus être cantonnée à un cadre national. Ni le Conseil de l'euro ni la Banque centrale européenne (BCE) n'ont su prévenir la montée des risques et d'un endettement privé devenu souvent excessif. La crise aura permis que se mette en place une première étape de régulation réellement européenne des banques et des marchés financiers. Il faut lui donner les moyens de réussir dans la durée, et de contribuer à une meilleure régulation mondiale de la finance.

Vision claire : la crise apprend à qui en doutait qu'on ne peut vivre indéfiniment au-dessus de ses moyens, et que cela s'applique aussi aux Etats. La réduction des déficits devra avoir lieu. Mais elle doit être maîtrisée, avec un horizon de temps réaliste, des étapes clairement marquées, et ne pas se donner des objectifs intenables qui détruiraient sa crédibilité, parce qu'ils ne pourraient durablement avoir le soutien des populations et de leurs représentants élus.

Vision claire : tout ce qui peut être fait pour éviter un défaut sur la dette grecque doit l'être. Personne ne saurait aujourd'hui en maîtriser les conséquences. Et n'oublions jamais que ce sont les Grecs eux-mêmes qui en souffriraient les premiers. La solidarité européenne suppose la participation des Etats et des institutions financières à des solutions qui permettent d'alléger le fardeau des citoyens des pays qui ont émis la dette.

Reconnaissons que certaines dettes, comme la grecque, valent et vaudront moins cher que d'autres. Cela se traduira tôt ou tard par des pertes comptables pour les investisseurs, ce qui est la contrepartie normale des rémunérations élevées qu'ils ont perçues en achetant des dettes plus risquées que d'autres. Ce fait est acquis.

Ce qu'il faut, c'est que ces pertes de valeur permettent d'alléger le fardeau des citoyens des pays qui ont émis la dette. D'où l'importance des mécanismes allant dans ce sens, comme les rachats, sur fonds communautaires ou internationaux, d'une partie des dettes souveraines les plus décotées, pour les annuler, et faire bénéficier le pays concerné de cette perte de valeur.

Ces principes sont simples. Si les principaux responsables politiques de l'Union européenne les adoptent, si les Etats, la Commission, le Fonds monétaire international (FMI) les appliquent, des solutions pourront être trouvées. C'est ce à quoi nous les appelons solennellement. L'Europe, tous ses citoyens peuvent sortir renforcés de la crise actuelle. Il y suffit d'une vision claire et partagée pour guider l'action.

Affronter l'énorme dette publique, tribune de Stéphane Boujnah, parue dans le Monde, le 27 juin 2011

27.06.2011

L'Europe est confrontée à la plus grande crise qu'aient connue les finances publiques en temps de paix. Cette crise brutale affaiblit, et parfois élimine, les capacités d'action publique.

 

L'examen attentif des plans d'ajustement des finances publiques récemment menés "à froid" en Allemagne ou aux Pays-Bas, à "tiède" au Royaume-Uni et en Espagne et "à chaud" en Irlande, au Portugal et en Grèce démontre combien les gouvernements recourent à des solutions très différentes pour conduire ces programmes. Des choix politiques existent toujours. Mais nos voisins constatent que les réformes sont d'autant plus radicales, et contraintes, qu'elles sont tardives.

Des formules politiques très diverses y sont adoptées entre la majorité et l'opposition pour conduire ces programmes et les expliquer à des opinions publiques dont l'acceptation varie en fonction des traditions politiques, avec des mouvements de contestation sociale de nature et d'ampleur très différentes.

En France, la Cour des comptes vient de publier un rapport qualifiant de sérieuse la situation des finances publiques et de préoccupantes leurs perspectives d'évolution. Elle souligne que "le risque d'emballement de la dette est une menace majeure pour la croissance et l'indépendance des choix économiques et sociaux de notre pays".

L'été prochain, notre dette publique pourrait en effet atteindre 90 % du PIB, un ratio qui a doublé en vingt ans. La charge des intérêts de la dette, qui a déjà dépassé les 50 milliards d'euros, c'est-à-dire nos budgets réunis de la défense, du travail et de l'emploi, pourrait s'approcher de 60 milliards d'euros (en fonction des hypothèses de périmètre et de croissance), ce qui nous conduirait à verser l'an prochain autant d'intérêts à nos créanciers que ce que nous dépensons pour l'éducation en maternelle, primaire, collèges et lycées. Et encore avec des taux d'intérêt historiquement bas qui ont longtemps masqué la réalité de l'emballement du volume de notre dette. Que les taux d'intérêt remontent seulement de 1 %, et c'est dans quelques années l'équivalent du budget de la police qu'il nous faudrait verser en plus chaque année à nos créanciers.

Dans un tel environnement, le gouvernement issu des urnes à l'été 2012, quels qu'aient été les propos de campagne, devra engager un gigantesque programme d'ajustement de nos comptes publics. "Un effort structurel de 1 point de PIB par an (20 milliards d'euros) pendant cinq ans est indispensable pour stabiliser, puis réduire suffisamment vite l'endettement" estime la Cour des Comptes. Or, depuis plus de trente ans, aucun gouvernement n'a présenté un budget en équilibre. A fortiori, aucun gouvernement n'a conduit un effort de redressement des comptes publics de cette ampleur. Il faut donc innover.

Le programme d'ajustement de nos comptes publics après l'été 2012 devra être crédible à l'extérieur. Pour être crédible, il devra être acceptable à l'intérieur. Et pour être acceptable, il devra être équitable dans la répartition de l'effort demandé à tous. Car un effort de 20 milliards d'euros par an pendant cinq ans, c'est un appauvrissement collectif jamais connu en temps de paix dans notre pays.

RÉDUCTION DOULOUREUSE

Toute réduction significative des dépenses publiques entraînera inéluctablement un ciblage plus précis des politiques sociales, et donc une réduction douloureuse de certains transferts sociaux. Mais ces efforts imposés aux plus faibles ne pourront être supportés par le plus grand nombre que si ceux dont la capacité contributive est la plus élevée participent, eux aussi, significativement à l'effort collectif. Le débat ancien entre réduction des dépenses et augmentation de la fiscalité sera dépassé au regard de l'ampleur inégalée des ajustements à conduire, mais surtout parce que les efforts devront être partagés par tous pour être acceptés par le plus grand nombre.

Il n'y aura pas d'issue dans le "ou réduction des dépenses, ou accroissement de la fiscalité", mais seulement dans le "et… et", parce que le montant de l'effort l'imposera et parce que la répartition de l'effort l'exigera.

Dans ce contexte, la formule classique des choix budgétaires et fiscaux du vainqueur imposés aux vaincus ne pourra plus recueillir l'acceptation collective, devenue incontournable au nom de l'efficacité dans l'action. Il faudra nécessairement construire, dès l'été 2012, un consensus large en associant l'Etat, les collectivités locales, les acteurs sociaux et les citoyens.

Cette idée peut sembler étrangère à la tradition politique française marquée par l'affrontement. Mais quand certains problèmes changent de degré, ils finissent par changer de nature. L'innovation est un devoir quand ce qui est en jeu n'est rien moins que préserver notre capacité à rester souverains aujourd'hui, et laisser à la prochaine génération la liberté de pouvoir faire encore des choix politiques demain.

Voilà pourquoi, il faudra créer un conseil national du redressement des comptes publics inspiré du légendaire Conseil national de la Résistance (CNR). Car il s'agit bien de conduire ensemble le plus grand effort financier collectif dans notre pays depuis la Libération et la reconstruction pour, demain comme hier, reconquérir notre souveraineté et définir la vision de ce que sera la société prospère et juste au terme de l'effort collectif.

Ce conseil national du redressement des comptes publics mis en place à l'été 2012 devra associer toutes les sensibilités du Parlement, seul représentant légitime du peuple pour voter la loi de finances, les collectivités locales, les administrations sociales, les syndicats attentifs à la situation des salariés les plus vulnérables, les représentants des entreprises légitimement soucieux de préserver notre compétitivité et des universitaires garants de la rigueur factuelle des analyses.

En surmontant le prix habituel à payer dans toute innovation que sont, d'une part le scepticisme des représentants du monde d'hier, et d'autre part l'inévitable renforcement des extrêmes, le pays peut entrer dans une logique de mobilisation collective et d'effort partagé.

Donner confiance dans le monde nouveau

28.01.2011

Tribune de Stéphane Boujnah parue dans Libération, le 28 janvier 2011, à l'occasion des États Généraux du Renouveau de Grenoble.

Le projet républicain conçu à la fin du XIXème siècle, et déployé jusqu’à la fin du XXème, visait à fabriquer une cohésion sociale fondée largement sur l’alphabétisation de masse puis la formation du capital humain, la mise en place d’une protection sociale étendue et la croissance de notre économie permettant un accroissement régulier de notre niveau de vie. L’ensemble s’ancrant dans un territoire. Les effets de la mondialisation bouleversent ce modèle et créent de nouvelles inégalités.

La crise impose de repenser le contenu des diplômes

Julie Battilana, Professeur assistant, Harvard Business School
paru dans La Tribune, 6 avril 2009

Seule une refonte radicale de nos institutions financières et économiques permettra non seulement d'enrayer la crise, mais aussi d'éviter sa reproduction dans les prochaines années. L'enjeu n'est pas d'abandonner l'économie de marché mais de changer le comportement ses acteurs. Certes, l'application de nouvelles législations, accompagnée de mesures d'incitations et de possibles sanctions, permet de modifier le comportement des acteurs. C'était d'ailleurs l'un des enjeux de la dernière réunion du G20. Mais les autorités publiques ne sont pas les seuls prescripteurs en la matière. Les écoles et les universités qui forment les hommes et les femmes qui rejoignent ensuite les entreprises jouent, elles aussi, un rôle clef.

Ces derniers mois, certains observateurs ont pointé la responsabilité de ces institutions dans la crise actuelle, en particulier celles qui délivrent des MBA (Masters of Business Administration)...

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L'adresse de Barack Obama au "monde musulman"

Marco Vicenzino, directeur du Global Strategy Project, membre du Council on Foreign Relations
paru dans La Tribune, 26 mars 2009

Les débuts de la présidence de Barack Obama ont initié un changement de ton, important et stratégique, de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient et au-delà. Il faudra toutefois attendre des actions concrètes et des résultats durables pour savoir si ce changement stratégique est aussi substantiel.

Le président américain a manifesté un engagement sans ambiguïté pour cette région du monde en s'adressant expressément au "monde musulman" dans son discours inaugural. En outre, il a réalisé un long entretien pour une télévision de langue arabe et a nommé rapidement un nouvel émissaire spécial au Moyen-Orient pour la question Israël-Palestine. Un émissaire qui s'est rendu immédiatement dans la région pour assurer un cessez-le-feu effectif entre Israël et le Hamas. Bien que nombreux sont ceux qui, au Moyen-Orient et au-delà, aient probablement bien accueilli ce nouvel état d'esprit, la plupart des gens préfèrent certainement renvoyer leur jugement à un proche avenir.

Les optimistes voient là l'aube d'une nouvelle époque de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient...

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L'organisateur en chef des Etats-Unis

Adam Lioz, directeur de la programmation de Progressive Future
paru dans La Tribune, 21 janvier 2009

Ce 20 janvier est un jour historique, non seulement parce que Barack Obama est le premier président afro-américain, mais aussi par la manière dont il s'est adressé au peuple américain grâce à la haute technologie et aux mouvements "grassroots" (portés par les citoyens de base). Étant donné son parcours et les potentialités offertes par les nouvelles technologies, il pourrait bien offrir aux États-Unis leur premier organisateur en chef. La démocratie américaine y gagnera si les institutions indépendantes restent actives et si le président continue de rendre des comptes.

La révolution Internet de la politique américaine est due à Howard Dean, durant les primaires de 2004, et aux « weblogs » progressistes tels Daily Kos. Mais Obama l'a parachevé avec ses 13 millions d'adresses e-mails, le site my.BarackObama.com, l'impressionnant réseau social interactif de ses militants et plus de 3 millions de donateurs. Obama a su lui adjoindre l'apport d'organisations "grassroots" traditionnelles aux techniques éprouvées. Il fut lui-même un organisateur communautaire à Chicago pour les églises et pour l'inscription sur les listes électorales. Il ne l'a pas oublié, et son équipe de campagne a travaillé avec Marshall Ganz...

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Les paradoxes de l'action hypercollective

Jean-Michel Severino, Directeur général de l'Agence française de développement
paru dans La Tribune, 24 décembre 2008

La détresse financière mondiale a provoqué une montée au créneau sans précédent des États. Cette mobilisation représente pourtant sans doute, dans sa forme comme dans ses modalités, une exception qui confirme le développement d'autres structures de gestion des grands problèmes structurels de l'humanité. De plus en plus en effet, les troubles profonds et souvent silencieux de notre planète donnent lieu à un traitement dont l'extrême complexité est due à la nature tant des sujets concernés que des acteurs qui en sont les solutions. On peut qualifier celui-ci de gestion «hypercollective». Le cas de la santé publique est particulièrement frappant. L'accroissement des échanges commerciaux et humains constitue un facteur de multiplication des épidémies. Le Sida, le Sras ou la grippe aviaire le montrent : conçue de longue date comme «bien public» appelant une politique nationale, la santé devient «bien public global» dès lors qu'elle renvoie à des maladies ne connaissant pas de frontière. Le monde en développement, maillon faible dans la chaîne de surveillance épidémiologique, demande un accompagnement tout particulier.

Face à ce défi nouveau, une forme de politique mondiale de la santé émerge...

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Le grand répudiateur?

Bruce Ackerman et Gérard Magliocca, professeurs de droit à Yale et à l'Indiana University, Indianapolis
paru dans La Tribune, 19 novembre 2008

Aux Etats-Unis, chaque trente ans émerge un mouvement populaire contestant les bases des pouvoirs précédents et élit un président de rupture. Barack Obama devrait s'employer à répudier la foi aveugle dans le libre marché de George W. Bush. Mais les Américains jugeront avant tout le nouvel élu, qui dispose de tous les leviers, sur sa capacité à mettre fin aux abus des présidences précédentes.

L'écrasante victoire de Barack Obama réaffirme un modèle qui remonte à l'aube de la république. Environ tous les trente ans, un nouveau mouvement populaire conteste l'identification partisane établie et précipite une réorganisation de l'électorat. Cette grande tradition américaine des « élections de changement » a commencé en 1800 lorsque Jefferson fit parvenir son nouveau Parti démocrate républicain à la victoire....

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Titrisation et crise financière

Gilles de Margerie
paru sur le site de Terra Nova, le 8 novembre 2008

Les symptômes de la crise financière ont commencé à se voir en août 2007. Le mois d'octobre 2008 aura été, jusqu'ici, sa période la plus intense. Les interventions massives des gouvernements de la plupart des grands pays du monde ont fait comprendre à ceux qui ne l'avaient pas compris que le danger était, lui aussi, massif.

Depuis plus d'un an, au fur et à mesure que se déroule la crise, ont fleuri de très nombreuses interprétations de ses causes. La plupart de ces interprétations s'efforcent de lui trouver une cause principale : excès des marchés financiers non régulés, goût débridé du profit des banquiers et autres financiers dans un monde aux exigences de rentabilité des capitaux toujours plus élevées et toujours moins durablement soutenables, déséquilibres macro-économiques massifs (l'Amérique vivait à crédit, et le reste du monde finançait le maintien de son niveau de vie), politiques monétaires exagérément laxistes. La simple lecture de cette liste très partielle suffit à montrer que la réalité ne peut se résumer à une cause principale...

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