D'où vient l'innovation, des chercheurs, des entrepreneurs, des groupes ou des écosystèmes?
La quatrième séance du séminaire nous a permis d'entendre Denis Tersen et François-Xavier Hussher exposer leurs réflexions sur le thème « D'où vient l'innovation, des chercheurs, des entrepreneurs, des groupes ou des écosystèmes ? ».
Denis Tersen, chargé, à la tête de l'Agence Régionale de Développement d'Île de France, d'attirer les investisseurs dans la région, d'y soutenir de l'innovation et, de plus en plus, d'accompagner les entreprises franciliennes dans leur croissance à l'étranger, a souligné que les résultats des politiques d'encouragement à l'innovation (coopération réticulaire, incitation fiscale d'essence libérale, engagement direct de l'État et des collectivités locales) étaient jusque là peu satisfaisants. Il en tire plusieurs enseignements :
-Tout d'abord, la pertinence de la notion d'écosystème, entendu comme un système local ; les externalités de connaissance n'apparaissent en effet et ne se diffusent que dans un espace restreint. Si les spécialistes d'un même domaine communiquent ensemble à travers le monde, les échanges entre domaines différents et rencontres de hasard se produisent en revanche d'autant plus facilement que la concentration géographique est forte. Il importe donc de prendre en compte l'insertion de l'innovation dans l'espace et dans le corps social, et en particulier de mieux associer les classes moyennes à l'innovation, trop souvent pensée en termes purement élitistes.
-Deuxièmement, la coordination par les instances publiques fonctionne surtout pour les innovations incrémentales « à la japonaise », bien plus que pour les ruptures technologiques.
-Troisièmement, et c'est là le point essentiel, il ne sert à rien de reprendre différents éléments des systèmes qui fonctionnent et de les assembler en espérant ainsi construire un modèle « parfait », indépendant des traditions particulières du pays d'accueil. L'innovation étant avant tout le produit de la qualité des interactions entre les différents protagonistes, elle intervient selon des modalités très variables. D. Tersen a esquissé certaines pistes de réflexion pour comprendre les atouts et handicaps français. La France et les Français se caractérisent, chacun le sait, par une forte insatisfaction, qui peut parfaitement devenir un moteur pour l'innovation, à condition de transformer cette insatisfaction en volonté de changer le monde, en utopie sociale. L'aversion au risque est un autre trait culturel hexgonal, de même que le manque de coopération entre acteurs, qui s'en remettent volontiers à un tiers de confiance ou de contrainte, le plus souvent l'État.
S'appuyant sur les travaux de Ludovic Habert, D. Tersen met ainsi en avant les atouts de la capitale, lieu des rencontres improbables et les plus fructueuses. Diverses expériences en ce sens, comme l'Institut de la vision autour de l'hôpital des Quinze-Vingts, constituent autant de pistes prometteuses.
François Xavier Hussherr, fondateur de Gutenberg Technologies et de Gutenberg édition, éditeur de lelivrescolaire.fr, a ensuite donné son point de vue de praticien, apportant ainsi des exemples concrets tirés de son parcours. À la question posée, il répond que les chercheurs ne sont pas les moteurs principaux de l'innovation, du moins pas dans le secteur des télécommunications, contrairement à la biologie par exemple. Pour autant, les conventions CIFRE constituent des atouts incontestables pour les entreprises désireuses d'innover.
Les entrepreneurs constituent le réel moteur de l'innovation. L'évolution des mentalités en France incite à un relatif optimisme : l'entrepreunariat est perçu de manière bien plus positive dans les écoles de commerce, par exemple, qu'il y a quelques années.
Pour l'encourager, il conviendrait d'améliorer des dispositifs d'accompagnement des entrepreneurs, à la fois humains, en associant des entrepreneurs chevronnés et des plus jeunes, et fiscaux, en optimisant les exonérations de charges, parfois plafonnées de manière illogique ou pénalisant le fondateur par rapport aux actionnaires...
L'écosystème constitue un autre accélérateur de l'innovation, y compris par ses aspects très concrets : ainsi, le fait d'être dans un incubateur d'entreprises permet de voir des dossiers OSEO qui ont été couronnés de succès et de s'en inspirer, de savoir comment s'y prendre pour déposer des brevets, trouver des stagiaires ou des ingénieurs...
Cette séance, on l'aura compris, a donc mis l'accent sur la dimension spatiale et géographique de l'innovation, qui repose sur la confiance des acteurs entre eux et dans le territoire qu'ils connaissent et dont ils savent utiliser les ressources.