Les migrations internationales : regards au Sud Logiques de parcours et de développement

Sandrine de GUIO

+ - Avant-propos d’En Temps Réel

A l’heure où la question migratoire pose un formidable défi à l’Union Européenne, En Temps Réel a souhaité offrir un éclairage, le plus objectif possible, d’une question éminemment sensible et politique. Nul ne pourra prétendre à la vérité sur le sujet. Par contre, tout juste peut-on rappeler quelques définitions, et, surtout, tenter d’appréhender le sujet un peu moins par le Nord (à supposer qu’une telle définition fasse encore sens) et un peu plus par le Sud. Tel est l’enjeu de ce travail enrichi des analyses de Rémy Rioux et de Catherine Wihtol de Wenden, appuyés par François Gemenne et Nadji Safir, que nous remercions pour leurs éclairages.

+ - Interroger les flux migratoires : quelques rappels

Migrant, réfugié, déplacé : quelques définitions

Depuis ce qu’on a appelé la crise migratoire de 2015 en Europe, un débat sémantique – mais en fait éminemment symbolique et politique persiste. « Migrant », « réfugié », « déplacé » sont utilisés alternativement, soit afin de décrire des réalités ou situations perçues comme différentes, soit sans réel objectif, mais par paresse intellectuelle ou commodité de langage. Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) et les institutions comme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) veillent le plus souvent à faire une distinction entre les situations et à ne pas entretenir de confusion. Inversement, le choix de l’un ou l’autre terme peut signer un positionnement politique sur le sujet. Certains médias ont ainsi directement instrumentalisé le choix des termes comme Al-Jazira décidant de n’employer que celui de réfugié en Méditerranée à l’été 2015. Tout d’abord quelques rappels.

Pour mémoire, le terme de « migrant » ne correspond pas à aucune définition juridique internationale. Il désigne, selon le dictionnaire de l’académie française, un groupe humain ou une personne effectuant une migration, qui passe d’un territoire dans un autre pour s’y établir, définitivement ou temporairement. Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), un « migrant » « s’entend de toute personne qui, quittant son lieu de résidence habituelle, franchit ou a franchi une frontière internationale ou se déplace ou s’est déplacée à l’intérieur d’un Etat, quels que soient : 1) le statut juridique de la personne ; 2) le caractère, volontaire ou involontaire, du déplacement ; 3) les causes du déplacement ; ou 4) la durée du séjour ». Le plus souvent, les statistiques onusiennes considèrent une durée minimale d’un an[1].

Un migrant quitte donc un pays à la recherche d’autres perspectives, pour des raisons qui peuvent être économiques, politiques ou culturelles, y compris pour des études, un travail, un rapprochement familial, ou pour fuir des catastrophes naturelles. Ils étaient au nombre de 258 millions dans le monde en 2017[2].

Le statut de « réfugié » est, lui, défini en droit international, par la convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, et le protocole de 1967 la complétant. Ils protègent et attribuent des droits aux réfugiés, définis comme « qui, craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner ». Ces deux textes sont le fondement des systèmes d’asile des pays signataires (dont tous les pays européens) et les Etats assument la responsabilité de cette protection.

Les réfugiés fuient ainsi des conflits, des menaces ou des persécutions. Ils étaient au nombre de 25,9 millions dans le monde en 2016[3]. Tout réfugié est donc un migrant, qui a obtenu l’asile, et a généralement apporté la preuve de ces menaces ou persécutions, à l’exception de cas spécifiques[4] définis par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Les « déplacés » internes, fuient pour des raisons similaires aux réfugiés, mais, eux, ne traversent pas de frontière. Ils restent donc légalement sous la protection de leur propre gouvernement. Au total plus de 65 millions de personnes sont déplacées pour des raisons de force majeure selon le HCR2.

Au sein des « déplacés » internes sont comptabilisés les déplacés environnementaux, qui sont près de 25 millions chaque année dans leur propre pays[5]. La définition est elle-même contentieuse et François Gemenne nous en présente les enjeux en partie 2 (page 29).

Enfin, il existe le cas des migrants internes, qui se déplacent au sein de leur propre pays, pour des raisons familiales ou professionnelles[6]. Ils sont environ trois fois plus nombreux que les migrants internationaux et pour une grande partie en Chine (PNUD, 2009).

Pour conclure, les estimations les plus récentes de la migration irrégulière (2010) considèrent qu’il y avait a minima 50 millions de migrants clandestins dans le monde en 2010.[7].

Qui sont en réalité les migrants ? Quelques éléments de réponse et quelques chiffres.

Les hommes ne sont pas les seuls à migrer et les femmes représentent près de la moitié des migrants (48%)[8]. Elles sont plus nombreuses que les hommes dans les migrations au Nord (Europe et Amérique du Nord) et inférieures en nombre en Asie et en Afrique. Aujourd’hui, se développe ainsi une migration de femmes actives, qui ne migrent plus dans le cas du regroupement familial.

L’âge moyen des migrants est de 41 ans dans les pays à haut revenu, de 37 ans dans les pays à revenu intermédiaire et de moins de 30 dans les pays à faible revenu, près des trois quarts sont en âge de travailler (plus de 70%) et 15% ont moins de 20 ans (soit environ 38 millions)[9]. Les mineurs ont ainsi représenté en 2015 près de 20% des demandes d’asile dans l’UE en 2015[10].

Plus de 150 millions de migrants étaient des travailleurs migrants[11], définis[12] comme ayant ou cherchant un travail dans le pays de résidence, selon les estimations les plus récentes du Bureau International du Travail (BIT/ILO, en 2013, publication décembre 2015), soit près des deux tiers des migrants. Le phénomène est universel, mais certains pays ont des situations marquées : plus d’un travailleur sur trois dans le Golfe et une partie du Proche Orient[13] est migrant, et près des trois-quarts des travailleurs migrants le sont dans des pays à haut revenus.

Le niveau d’éducation des migrants est souvent élevé (un tiers des migrants a un niveau d’éducation inférieur au secondaire, dans le monde et la situation est identique en Europe[14][15]) et supérieur au niveau moyen du pays d’origine. Selon une recherche de l’Institut national d’études démographiques (INED)[16], s’appuyant sur des données chiffrées pour la France et l’Autriche à titre d’exemple, les immigrés sont plus instruits que la plupart des personnes restées dans leur pays de naissance.

Le niveau d’éducation des migrants est parfois supérieur à celui du pays de destination selon les pays considérés. Certains groupes de migrants peuvent être plus diplômés de l’enseignement supérieur que la moyenne des personnes nées en France (cas des Roumains), d’autres moins diplômés (cas des Portugais). Eurostat a fait des études similaires[17] sur la situation européenne : en 2016, 31,5% des migrants d’âge moyen nés en dehors de l’Union Européenne avaient fait des études supérieures, à comparer au taux de 33,6% pour les personnes du même âge vivant dans leur pays européen de naissance (taux variant de 19,4% en Italie à 47,1% en Irlande). La situation est cependant contrastée : la Grèce ou Malte atteignent ainsi respectivement des taux de l’ordre de 43% de migrants avec un niveau inférieur au secondaire, à comparer à la proportion de leur population possédant ce niveau d’étude (respectivement 22,8% et 48,8%[18]).

Près des deux tiers des migrants internationaux sont originaires de pays à revenus intermédiaires, contre 10% de pays à faible revenus. Plus de 40% des migrants internationaux en 2015 sont nés en Asie (106 millions)[19].

La moitié des migrants internationaux vivent dans leur région de naissance[20]. En 2017, les deux tiers vivent dans 20 pays uniquement[21] et près de 20% des migrants vivaient en 2015 dans une des 20 plus grandes villes au monde[22].

Quant à la situation européenne, en 2015, 2,4 millions de migrants étaient nés en dehors de l’Union Européenne (sur un total de 4,7 millions). Il y avait légèrement plus d’hommes (56%), de 28 ans en moyenne. Au troisième trimestre 2017 (derniers chiffres disponibles), 164 300 personnes ont demandé l’asile en Europe, soit le même niveau qu’en 2014. Près d’un tiers venaient de Syrie, d’Afghanistan ou d’Iraq, 28% déposaient leur demande en Allemagne, la moitié (14%) en France.

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En quelques mots, les migrants ne sont donc évidemment pas tous des réfugiés, ils ont un capital économique et culturel, et sont souvent bien loin de l’image misérabiliste de canots pneumatiques surchargés, ou des alignements de tentes sous des échangeurs autoroutiers. La perception fortement ancrée de pauvres travailleurs cherchant à fuir la misère pour un avenir meilleur est largement dépassée. Comme le dit Catherine Wihtol de Wenden, « nous n’avons pas encore réalisé à quel point ces nouveaux migrants nous ressemblent ».

Par ailleurs, du point de vue économique des pays d’accueil, la question de l’impact économique des migrations est elle aussi à appréhender de manière extrêmement nuancée. 

Les impacts macroéconomiques des migrations ont fait l’objet d’une attention spécifique suite à la crise syrienne et aux arrivées médiatisées de migrants en Europe. La question de l’impact économique des migrations pour les pays d’accueil est en effet relativement controversée, la littérature économique hésitant schématiquement entre deux impacts : l’impact sur le financement des systèmes sociaux (négatif à court terme), et l’impact sur la croissance potentielle (à long terme), en lien avec l’amélioration du capital humain des sociétés bénéficiant des migrations ou du rajeunissement de la pyramide des âges.

Dans ce contexte, dans une étude intitulée « Impact des migrations sur les niveaux de revenu dans les économies avancées »[23], le Fonds Monétaire International s’est penché sur l’impact à long terme des migrations sur le PIB par habitant (ou le niveau de revenu) des économies des pays de destination dits développés. L’étude examine l’impact sur le PIB par habitant pour les différents niveaux de compétences des migrants et analyse dans quelle mesure les gains en termes de revenu sont partagés par l’ensemble de la population. In fine, les auteurs constatent que l’immigration augmente significativement le PIB par habitant dans les économies avancées : une augmentation de la part des migrants de 1% dans la population adulte peut augmenter le PIB par habitant de 2% sur le long terme, principalement en augmentant la productivité du travail. Tant les migrants hautement que faiblement qualifiés augmentent la productivité du travail, en complément des compétences existantes de la population. Cette augmentation profite au revenu moyen par habitant des 90% les plus pauvres et des 10% les plus riches des salariés, suggérant que les gains de l’immigration sont largement partagés. Le débat économique n’est évidemment pas tranché. Tout juste faut-il très fortement nuancer l’idée simpliste que la migration ne serait qu’un coût brut pour les pays d’accueil.

Ces résultats sont repris dans le World Economic Outlook report 2016 ; IMF, chap 4.

Le parcours migratoire : quelle définition ?

Analyse de la situation et des tendances observées par Catherine Wihtol de Wenden

Catherine Wihtol de Wenden, vous êtes directrice de recherche émérite au CNRS, juriste, politologue et spécialiste des migrations internationales. Vous avez travaillé notamment pour l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), le Conseil de l’Europe, la Commission européenne, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

L’étude des migrations internationales a une cinquantaine d’année, mais la méconnaissance des chiffres et des tendances perdure. Que savons-nous des flux migratoires aujourd’hui dans le monde ? Quelles tendances identifiez-vous pour les quinze prochaines années?

A l’échelle du monde, les migrants sont 244 millions en 2015, soit environ 3,5% de la population mondiale, dont plus de la moitié de femmes et 15% ayant moins de 20 ans. En y ajoutant les déplacés internes, qui restent à l’intérieur de leurs pays, au nombre de 740 millions en 2015, près d’une personne sur sept est aujourd’hui en situation de migration[24].

En termes de flux, la situation mérite une description plus détaillée. Les destinations les plus recherchées sont l’Europe, devant les Etats-Unis et les pays du Golfe, mais toutes les régions du monde sont aujourd’hui concernées par le phénomène migratoire, tant en tant que pays de départ, pays de destination ou pays de transit.

Si les flux Sud-Nord sont au cœur des débats, les flux de destination Sud-Sud sont aujourd’hui prépondérants (près de 100 millions de personnes) devant les flux du Sud dirigés vers le nord (90 millions de personnes)[25].

Ces migrations internationales s’accélèrent : le nombre des migrants internationaux est passé de 75 millions à 244 millions entre 1977 et 2015 (258 en 2017), soit un triplement en quarante ans, lié à l’instabilité du monde et aux inégalités de développement. Le nombre de migrants internationaux croit plus vite que la population mondiale.

Au-delà, quelques tendances se dessinent pour les 20 prochaines années.

En premier lieu, les migrations Sud-Sud sont structurellement appelées à croitre, pour deux raisons qui se renforcent. D’une part, de plus en plus de personnes se mettent en route et prennent le chemin de la migration.  On observe ainsi une entrée en mobilité du monde et de catégories sociales qui auparavant ne pouvaient pas partir : des femmes, des mineurs isolés, des déplacés de guerre civile, des déplacés du climat se mettent en mouvement. D’autre part, les besoins du marché du travail (principal vecteur de migrations) des pays émergents sont croissants pour plusieurs années. Les crises potentielles, notamment climatiques [200 millions de déplacés environnementaux sont attendus d’ici 2100, selon les prévisions les plus souvent considérées de l’OMI[26]], alimenteront aussi les flux sud-sud, les populations touchées restant le plus souvent dans un voisinage.

En second lieu, le continent africain restera source de migration au regard de son profil démographique [60% de la population africaine a aujourd’hui moins de 25 ans[27]], mais la transition démographique, largement engagée aujourd’hui, devrait changer le profil des migrants du continent africain : plus âgés, avec un niveau d’éducation plus élevé, plus urbains.

Il est pour autant impossible d’estimer combien de personnes seront concernées par les migrations demain, ni où : l’aspiration à partir ne se mesure pas et l’anticipation de la décision de migrer est difficile.

Les migrations vues par l’Agence Française de Développement, par Rémy Rioux.

Rémy Rioux, vous êtes directeur général de l’Agence française de Développement (AFD) depuis juin 2016.

L’Agence française de développement est le bras armé de la France en termes de développement. Comment est-ce que vous abordez les enjeux migratoires ?

Les questions migratoires concernent bien évidemment les acteurs du développement, que ce soit par les causes ou les conséquences des migrations, ou simplement au travers du prisme géographique que sont leurs pays d’intervention.

Ces enjeux ont ainsi toujours été abordés et traités par l’agence, mais de manière indirecte. Nous nous intéressions plus aux causes des migrations (inégalités, pauvreté, désertification rurale, marché du travail peu dynamique, etc.) ou à leurs conséquences sectorielles, sur les villes par exemple, qu’aux flux en eux-mêmes et aux impacts sur les populations ou les Etats, notamment parce que le champ d’action de l’agence s’arrêtait aux frontières de notre pays, à l’exception de notre activité en Outre-Mer. Il n’y avait par ailleurs, jusqu’à une date récente, pas de demandes spécifiques des Etats étrangers sur ce thème. L’AFD ne finançait donc pas le développement ou l’accompagnement de politiques migratoires en tant que telles, mais apporte depuis soixante-quinze ans son concours et des financements à des politiques de santé, d’accès à l’eau et à l’assainissement, ou à la construction d’infrastructures par exemple, en intégrant l’impact de ces actions sur les déplacements de population.

Ainsi, jusqu’à présent, le sujet existait indirectement dans les projets et programmes, notamment d’appui aux associations de la diaspora ou via des études prospectives sur l’exil ou la transition démographique, sans être un sujet en tant que tel.

Le sujet est désormais devenu une réalité humaine et politique qu’il n’est plus possible de traiter seulement de façon indirecte. En France le gouvernement a souhaité en 2016 la préparation, confiée à l’Agence, d’un plan d’action « Migrations internationales et développement ». Au Sud, une demande explicite émerge, dans un dialogue avec les agences internationales, mais aussi dans un dialogue Sud-Sud.  Pour de nombreux pays, en particulier en Afrique subsaharienne, les migrations, sont à la fois un enjeu économique avec les transferts de fonds des diasporas et les flux de main d’oeuvre mais également un enjeu politique. Le président Ouattara ne dit pas autre chose quand il parle d’émigration : la gestion des flux internationaux passe par ces flux sud-sud et le sujet est plus prégnant en Côte d’Ivoire qu’en France.

Les migrations sont aussi une manière de parler de la transition démographique, un sujet très difficile souvent à traiter de front. C’est une manière de poser des questions de fond : pourquoi les gens pensent-ils mieux assurer leur existence, leurs vieux jours, en ayant sept, huit, neuf enfants ? Pourquoi ne se projettent-ils pas dans un avenir dans leur propre pays ou ne croient-ils pas en l’avenir de leur pays ? Nous l’avons vu en France au Second Empire : croire au progrès, à la possibilité d’améliorer son niveau de vie et d’éduquer ses enfants, se traduit par une réduction de la natalité. La démographie et les migrations mettent en cause les modèles de développement et les représentations qui s’y attachent.

Nous allons désormais bâtir des actions spécifiques. Nous le ferons aussi via les territoires ultra-marins (Mayotte / Comores ou Guyane / Haïti en particulier) où la tension croit.

Ces démarches peuvent aussi être une opportunité pour les agences de développement de renforcer leur action et leur visibilité. En Allemagne, le financement des enjeux migratoires sous-tend la croissance de l’aide au développement depuis deux ans [les Allemands ont atteint la cible onusienne de 0,7% du PIB consacré à l’aide publique au développement, soit 2,5 fois l’aide française].

 

Migrants « économiques » et migrants « politiques » ?

Dès le contexte posé, Catherine Wihtol de Wenden, une question s’impose. Faut-il distinguer les migrants « économiques » des migrants « politiques » ?

Oui bien sûr.  Ces deux termes renvoient à deux situations différentes : celle des réfugiés pour les migrants politiques, demandant l’asile, contraints à la migration, et celle des migrants volontaires à la recherche d’une vie meilleure.

Le nombre de réfugiés augmente, en volume et en proportion des migrants internationaux. Leur profil aussi évolue, passant des dissidents politiques de la décennie 1950 à un profil plus collectif aujourd’hui, lié aux conflits.

D’une certaine façon néanmoins, ces deux profils sont parfois liés. Les réfugiés étaient peu nombreux dans le passé, dans les années 70 par exemple, ne serait-ce que parce ce qu’ils pouvaient souvent entrer légalement comme sans papier et se faire régulariser ultérieurement. Beaucoup de Portugais n’ont ainsi pas demandé l’asile en France : ils pouvaient plus facilement entrer comme aspirant au marché du travail. Aujourd’hui, certains migrants essayent tour à tour les deux casquettes, afin de maximiser leurs chances d’accueil, quand ils ne sont pas totalement infondés à demander l’asile. C’est dans cet esprit que l’on parle parfois de flux mixtes, concernant toutes les catégories de migrants.

La distinction reste cependant pertinente. Elle permet de traiter le cas spécifique des réfugiés, de leur donner une protection et une forme de sécurité.  Cela permet de faire une distinction entre ceux qui font face à des persécutions, et ceux qui cherchent une place sur les marchés du travail.

 Rémy Rioux, est-ce que cette distinction peut s’appliquer dans une approche de développement ?

La distinction entre migrants économiques et politiques est plus complexe qu’il n’y parait. Il existe des règles internationales, un droit d’asile, un droit des réfugiés, et un enjeu juridique. C’est utile et nécessaire. Mais quid des réfugiés climatiques ? Il est difficile de leur refuser une protection ou un droit à la migration, parce qu’il n’y a pas oppression par un régime. Une réflexion est en cours aux Nations-Unies (groupe Nansen) pour répondre à cet enjeu. Il y a en réalité un continuum de droits, avec des catégories nouvelles à construire, au-delà des approches de type réfugiés politiques et migrants économiques, migrants réguliers et irréguliers. Il n’est pas certain qu’il soit possible ni pertinent d’aborder un tel enjeu par bloc.

La migration est aussi l’aboutissement de décisions individuelles complexes, de causes multiples, souvent interdépendantes : des crises sécuritaires, des enjeux de gouvernance locale ou nationales, l’accès au marché du travail ou le niveau de revenu dans la région de départ, les aspirations familiales, l’orientation sexuelle, la religion, etc. Y a-t-il une différence de droits à faire en raison des différentes causes à la migration ?

Le point sur les migrations climatiques par François Gemenne

François Gemenne, Rémy Rioux et Catherine Wihtol de Wenden soulignent l’importance des migrations climatiques. Vous êtes un spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement, chercheur à l’Université de Liège, à l’Université de Versailles, et à l’IDDRI, enseignant à Sciences Po. Vos recherches sont essentiellement consacrées aux migrations et aux déplacements de populations liés aux changements de l’environnement. Comment définissez-vous les migrants climatiques ?

La définition est en soi une question contentieuse. Le terme de « migrants climatiques » désigne ainsi les personnes dont le déplacement est lié à la dégradation de leur environnement immédiat (définition des migrants environnementaux), elle-même liée au changement climatique. Une telle définition recouvre ainsi des situations très différentes de migrations forcées ou volontaires : des familles au Bangladesh qui sont chassées suite à un ouragan aussi bien que les retraités britanniques qui achètent une maison dans le sud de la France.

Cette définition soulève en outre des problèmes de comptabilisation dans la mesure où nous ne sommes capables aujourd’hui de quantifier uniquement les flux liés à des catastrophes brutales nécessitant une intervention humanitaire. Le fils du paysan du Mali qui ne parvient plus à vivre de ses terres et décide de partir à la ville n’est pas comptabilisé dans les statistiques actuelles de migrants climatiques, mais sera potentiellement qualifié de migrant économique dans la suite éventuelle de son parcours. Or ce cas est loin d’être isolé : en Afrique, la moitié de la population dépend de l’agriculture de subsistance pour sa survie. Toute variation de la température ou de la pluviométrie a un effet direct sur les récoltes et donc les ressources économiques principales de ces foyers. Vus d’Europe, nous décrivons ces flux différemment, mais en réalité, une partie des migrations que nous comptabilisons aujourd’hui en migrations politiques ou économiques relève donc des migrations climatiques ou environnementales. Les migrations climatiques nous amènent dès lors à voir les migrations internationales comme une continuation par rapport à ces premières migrations internes, non comme une rupture.

Qualifier des catégories migratoires en fonction du motif de migration n’a plus entièrement de sens aujourd’hui, quand les flux migratoires sont étalés dans le temps, fragmentés, et où différents motifs migratoires se juxtaposent et s’influencent mutuellement. Il est plus pertinent de reconnaitre l’influence croissante que prennent les facteurs environnementaux comme motif de migrations plutôt que d’essayer de créer des catégories distinctes de migrants environnementaux à côté de migrants économiques ou politique. Déconstruisons ces catégories qui simplifient à outrance et ne reconnaissent plus la complexité des mouvements migratoires.

 Combien y a-t-il de migrants climatiques aujourd’hui de par le monde ?

Nous ne savons guère aujourd’hui comptabiliser que les migrants qui font face à des catastrophes, via les agences humanitaires : en moyenne, environ 26 millions de personnes chaque année depuis 2008[28], chiffre qui devrait être très largement supérieur en 2017, au regard des effets dévastateurs des moussons en Asie du Sud, en Inde et au Népal. Mais cette estimation a des limites.

D’une part, il s’agit d’un flux, et nous ne savons pas combien de temps ces personnes restent déplacées, ni combien ont été déplacées par le passé. Nous n’avons ainsi aucune idée du nombre de personnes qui sont à l’instant présent déplacées climatiques.

D’autre part, ces migrations ne représentent qu’une (petite) partie des migrations liées à la dégradation de l’environnement et au climat. Des travaux sur les migrations environnementales, fondés des études ethnographiques demandant aux migrants la place et le rôle des enjeux climatiques dans leurs migrations, trois conclusions principales ressortent :

Premièrement, les enjeux environnementaux, et leur perception, ont un rôle de plus en plus important dans la décision de migration.

Deuxièmement, les conditions climatiques augmentent la contrainte à la migration. Certaines migrations auraient pu être librement consenties et se trouvent contraintes dans le choix de leur moment ou de leur destination.

Enfin, et troisièmement, les migrations peuvent aussi être une stratégie d’adaptation aux changements environnementaux. Les populations ne migrent pas parce qu’ils ont échoué à s’adapter, mais déploient une décision de migration comme une stratégie d’adaptation.

 Quelles sont les grandes tendances observables ?

Il est très difficile de réaliser des perspectives chiffrées car l’incertitude dans la projection est triple. Les flux dépendent des variations climatiques et donc des actions internationales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ils dépendent des efforts déployés par les gouvernements locaux en faveur de mesures d’adaptation. Enfin, les migrations sont une somme de comportements humains et dépendent donc de multiples choix individuels. Nous parvenons aujourd’hui à peine à estimer correctement le nombre de personnes déplacées, nous sommes encore loin de savoir faire des projections.

Néanmoins, des tendances se dessinent, précisant les futurs grands flux et zones de pression et trois régions sont en première ligne.

La première est l’Afrique sub-saharienne, touchée par des changements de régime de précipitation et de dégradation des sols dans des sociétés où l’agriculture est très importante.

La deuxième est l’Asie du Sud et du Sud-est, où habite la majorité de la population exposée aux impacts du changement climatique, essentiellement la hausse du niveau des mers et les événements extrêmes comme les inondations ou les ouragans.

La troisième zone est constituée des petits états insulaires dans le Pacifique, dans l’Océan Indien et maintenant dans les Caraïbes, davantage concernés par la hausse du niveau des mers et par les ouragans.

Sur un plan sociologique, les migrants climatiques ne sont pas les plus faibles, et c’est un fait d’une importance particulière dans le cadre d’une catastrophe, tant dans les pays en développement que dans les pays développés. Les populations plus vulnérables, les plus pauvres, les moins instruites, les moins connectées, les plus âgées ne migrent pas, elles sont immobiles. Face à un danger environnemental, elles sont incapables de se relocaliser et de se mettre à l’abri, ce qui a des conséquences humaines et politiques très importantes. Le même phénomène s’observe aussi pour les migrations de type économiques, avec cependant un effet moins immédiat pour la sécurité des personnes.

Enfin, la profession des migrants potentiels et son caractère plus ou moins délocalisable joue un rôle clé dans la décision de migrations : les paysans locataires migreront plus facilement que les propriétaires, y compris en cas de catastrophes naturelles, ces derniers ayant peur de ne pas retrouver leurs biens s’ils les abandonnent.

La logique d’un parcours migratoire : origine, transit, destination ont-ils un sens ?

François Gemenne souligne la continuité du parcours migratoire. Rémy Rioux, Catherine Wihtol de Wenden, comment l’appréhendez-vous dans votre action ou votre analyse ?

Rémy Rioux

Il faut casser la vision binaire : départ au Sud, arrivée au Nord. Une telle approche donne le sentiment que les questions migratoires sont très simples, binaires, au risque de réduire ces phénomènes très complexes à un face à face. Nous devons agir, à la mesure de nos moyens, forcément limités, pour faire comprendre que ce sont des mouvements beaucoup plus complexes que des oppositions Afrique / Europe, Mali / France, etc. L’enjeu est majeur, socialement, géopolitiquement.

L’Agence Française de Développement a un rôle à jouer dans cette prise de conscience. Nous travaillons sur une logique territoriale, avec un angle géographique, autrement dit, au-delà des Etats, à une échelle régionale et locale. Nous introduisons a minima trois espaces :

La région d’origine. De nombreuses zones, où les populations sont les plus vulnérables, sont d’ores et déjà identifiées. Certaines régions du Sahel, pauvres, reculées, désertiques, ne pourront ainsi retenir leurs habitants. En tant qu’acteur du développement, nous devons faire le maximum pour que ces derniers vivent le mieux possible chez eux, disposent de choix.

 

Un espace de transit, pour lequel il faut trouver un autre nom car ce terme est fallacieux. Il laisse entendre que les migrants ne sont là que transitoirement et vont nécessairement repartir, ce qui n’est pas certain. Cet espace peut être l’espace urbain, la bande littorale de l’Afrique de l’Ouest par exemple, ce peut être le grand Sud comme l’Afrique du Sud. Aller au Nord est plus complexe, l’accueil est souvent moins facile, moins ouvert. Ce premier mouvement est souvent régional, voire au sein d’un même pays, vers des régions un peu plus riches, vers des marchés du travail un peu plus dynamiques, souvent vers des villes. [Selon Onu-habitat, en 2010, l’Afrique comptait 33 villes de plus d’un million d’habitants contre une seule en 1960 ; dans la région Asie-Pacifique, l’OMI estime que 120 000 personnes migrent chaque jour vers les villes[29]]. Parfois le mouvement se fait à l’intérieur de ce qui était un pays, entre mêmes zones ethniques, entre voisins. Cette première destination est donc une destination de choix. On devrait parler d’un espace “de choix” et non “de transit”. Un choix des plus rationnels, qui n’est pas qu’un choix de désespoir. Nos agences agissent pour le développement de zones d’attractivité économique et l’accompagnement des mobilités professionnelles.

Nous devons arriver à comprendre cette dynamique territoriale, individuelle et collective. Un Burkinabé qui migre à Abidjan ne le vit surement pas comme une installation à Saint Denis. Peut-être est-il plus proche d’un Corrézien montant à Paris, toutes proportions gardées.

On introduit surtout dans la réflexion un espace tiers. Et dans ces zones de premier choix, la communauté internationale du développement a des capacités d’action plus grandes, identifiées, des leviers sur l’environnement économique et les conditions de vie.

 Les zones dites de destination, qui peuvent être sur un autre continent, qui peuvent être dans la même région [Ndlr : les flux Afrique-Afrique représentent 19 millions de personnes en 2017, les flux Afrique-Europe, 9 millions[30]], qui peuvent être des zones de résidence pour un temps (ce qui est le cas de l’Afrique du Nord), parfois avant un autre départ, parfois avec des aller-retours vers les régions d’origine ou de transit, selon les aspirations et les modes de vie des migrants. La frontière entre ces zones dites de destination et les zones dites de transit, peut être claire, comme dans les Balkans, elle est parfois floue (Maghreb, République de Côte d’Ivoire, par exemple), et dépend des choix de chacun. On devrait dire les zones de deuxième destination, de deuxième choix, pour mieux qualifier la réalité des mouvements de population.

 Au sein de chacun de ces espaces, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile et de la diaspora et le secteur privé, sont des acteurs clés.

Catherine Wihtol de Wenden

Les flux migratoires se régionalisent en effet. Des liens historiques, culturels, linguistiques, familiaux sont mis à profit dans ces parcours, constituant ainsi des zones de circulation. [Plus de la moitié des migrants d’origine africaine vivent aujourd’hui sur le continent africain, cette proportion est de 60% en Asie[31]].

Au niveau régional, deux types de migrations co-existent. Il existe d’une part un flux entre zones rurales régionales, qui peut être lié à la dégradation des terres, aux conséquences du dérèglement climatique, etc. C’est un flux par essence Sud-Sud, sans départ au loin, pour lequel le levier du développement a un sens. Il existe d’autre part un flux rural / urbain, lié à l’urbanisation, au marché du travail, au sein d’un même pays ou d’une région. Ces migrants, quand ils sont interrogés, ne parlent pas de la sécheresse ou des problèmes liés à la culture de la terre, mais de l’impossibilité de réaliser leur projet de vie dans leur région d’origine. Ces mouvements sont aussi liés aux traditions, aux ethnies, au cousinage. La capacité d’intégration est nettement plus forte dans ces cultures, et le racisme et la discrimination moindres.

Tous les migrants ne souhaitent cependant pas rester à une échelle régionale plutôt que de traverser la Méditerranée. Dans les cultures africaines, le voyage au long cours est très valorisé, et fait partie du parcours initiatique de la maturité. Celui qui est parti loin est celui a réussi, qui a vaincu les frontières, pour lequel la considération est grande. Un certain nombre de parcours sont ainsi construits dès l’origine de manière intercontinentale. Ces départs-là sont en réalité des vrais projets, pensés depuis plusieurs années, pour lesquels les migrants ont économisé de l’argent, etc.

Ce découpage géographique est par ailleurs mouvant. Les pays d’Afrique du Nord sont devenus des pays de transit puis aussi de destination, après avoir été des pays de départ vers l’Europe.

Rémy Rioux 

De manière plus générale, nous développons un discours « toute » Afrique pour éviter de couper l’Afrique en deux, avec l’Afrique subsaharienne d’un côté et l’Afrique du Nord de l’autre. Il n’est pas pertinent de penser cette dernière uniquement comme un tampon. Il faut penser à une échelle plus globale pour comprendre les flux de population en tous sens, et d’abord vers le Sud, qui traversent le continent africain.

Le cas spécifique des pays du Maghreb, par Nadji Safir

Nadji Safir, vous êtes sociologue, enseignant à l’Institut de Sociologie de l’Université d’Alger, ancien Chef de Division du Développement Social à la Banque Africaine de Développement. Catherine Wihtol de Wenden et Rémy Rioux soulignent l’importance d’une vision régionale voire même continentale. Dans ce contexte, quelle est votre perception des évolutions récentes dans les pays du Maghreb, souvent vus comme des pays de transit ?

Les pays du Maghreb deviennent tous, aujourd’hui, de fait, des pays d’accueil que ce soit pour diverses formes de transit plus ou moins durables ou pour des projets d’installation à plus long terme. Et ce, alors même qu’ils sont également des pays de départ. C’est dire qu’ils connaissent toutes les situations de migration.

Ils sont en effet progressivement devenus des pays de destination pour au moins une partie (minoritaire, mais de plus en plus significative) des flux subsahariens. Dans un contexte où la tentation de l’Europe perdure, le Maghreb peut constituer une sorte de « destination finale transitoire » pour un certain nombre de migrants, qui se caractérisent par une perception plutôt réaliste de l’itinéraire migratoire. Ces migrants, souvent jeunes et relativement qualifiés, prennent le temps d’élaborer une stratégie adaptée au contexte maghrébin qu’ils découvrent et apprennent à maîtriser de mieux en mieux. Dès lors, il n’est pas irréaliste pour eux de s’installer au Maghreb pour des périodes relativement longues, de cinq à huit ans, afin de préparer une bonne insertion en Europe. Une situation relativement fréquente au Maroc, qui a une politique active en direction de la migration subsaharienne, puisqu’en 2014 une première opération de régularisation de la situation de migrants avait permis à 18 000 personnes d’y obtenir un titre de séjour.

Les pays du Maghreb restent néanmoins une source de migrations potentielles vers l’Europe. Les perspectives[32] démographiques à l’horizon 2050 pour les trois ensembles que sont l’Europe du Sud, le Maghreb et le Sahel[33] le démontrent : la population de l’Europe du Sud stagne alors que celle du Maghreb connait une évolution importante (+36%) et celle du Sahel une augmentation exceptionnelle (+173%). Ainsi, actuellement, à titre d’illustration, il y a environ un million de naissances par an en Algérie, au Niger et au Japon ; données qui illustrent bien les déséquilibres qui se mettent en place… D’autant que les projections démographiques évoquées n’ont de sens qu’à la lumière des perspectives économiques et des évolutions du marché du travail de chaque ensemble considéré.  De ce point de vue, in fine, la dynamique de création d’emploi au Maghreb étant certainement appelée à rester faible, la région demeurera une source importante de flux migratoires principalement orientés vers l’Europe.

Quelles sont les perspectives des flux Sahel / Maghreb ?

Ce sont principalement des flux de migrants économiques illégaux, quittant leur pays car ils n’y trouvent pas les conditions qui leur permettent de construire un projet de vie. Au regard des perspectives démographiques et du marché du travail dans ces régions, il faut donc s’attendre à une intensification croissante des flux Sahel / Maghreb. Malgré les difficultés que peut représenter la traversée du Sahara – « mer de sable » mais de moins en moins infranchissable – le Maghreb apparait tout de même comme un débouché naturel pour les jeunes du Sahel qui se trouvent dans un contexte d’arbitrage. Rester dans leur pays les conduit à se transformer en simple élément d’un précariat de plus en plus important et sans perspective crédible. Alors que partir, malgré toutes les difficultés que l’option comporte, est perçu par eux comme une façon de tenter sa chance – un pari raisonnable de leur point de vue –  pour trouver des débouchés correspondant plus à leurs ambitions.

Ceci dit, si le facteur déterminant de ces migrations est le contexte socio-économique, deux autres facteurs contribuent directement à alimenter les flux concernés et ils sont certainement appelés à voir leur impact se renforcer : d’une part, le changement climatique qui, aujourd’hui, n’a pas encore produit tous ses effets et qui, de toute évidence, agit comme un « multiplicateur de menaces ». D’autre part, l’insécurité, notamment liée aux actions des groupes terroristes, et qui contribue directement à une grave déstabilisation de la zone sahélienne, qui compromet la mise en œuvre des programmes à finalités économiques et sociales. En fait, tout se passe comme si, au niveau de l’espace sahélo-saharien, étaient en train de se mettre en place les conditions d’un « cercle vicieux » dont il est aujourd’hui difficile d’évaluer les conséquences à moyen et long terme sur des sociétés de plus en plus fragilisées. C’est dire qu’une éventuelle quantification des flux migratoires appelés à y être générés constitue un défi quasi-impossible.

[1] The UN recommendations on statistics of international migration define the “stock of international migrants present in a country” as “person who moves to a country other than that of his or her usual residence for a period of at least a year (12 months), so that the country of destination effectively becomes his or her new country of usual residence” (UN, 1998., para. 36).

[2] United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division (2017). International Migration Report 2017: Highlights (ST/ESA/SER.A/404).

[3] United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division (2017). International Migration Report 2017: Highlights (ST/ESA/SER.A/404).

[4] HCR : « Dans le cas des mouvements massifs de réfugiés (généralement dus à des conflits ou à une violence généralisée, par opposition à une persécution individuelle), la capacité de mener un entretien personnel d’asile avec chaque personne ayant traversé la frontière n’est pas suffisante – et ne le sera jamais. Cela ne s’avère d’ailleurs pas nécessaire dans la mesure où, dans de telles circonstances, la raison de leur fuite est généralement évidente. Par conséquent, ces groupes sont souvent déclarés réfugiés « prima facie ». »

[5] UN High Commissioner for Refugees (UNHCR), Climate Change and Disaster Displacement: An Overview of UNHCR’s role, 2017

[6] Mouvement de personnes d’une région à une autre à l’intérieur d’un même pays dans le but ou avec effet d’y établir une nouvelle résidence. Cette migration peut être provisoire ou définitive. Définition tirée de l’Etat des migrations dans le monde 2015 ; Banque mondiale

[7] UNODC, The Globalization of Crime. A Transnational Organized Crime Threat Assessment, 2010

[8] United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division (2017). International Migration Report 2017: Highlights (ST/ESA/SER.A/404).

[9] United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division (2017). International Migration Report 2017: Highlights (ST/ESA/SER.A/404).

[10] Eurostat

[11] ILO, ILO global estimates on migrant workers – Results and Methodology – Dec 2015

[12] The definition of “migrant worker” comprises all international migrants who are currently employed or seeking employment in their country of current usual residence. The intentions or conditions of their entry into their current country of residence are not relevant for this purpose.

[13] Bahrain, Irak, Jordanie, Kowait, Liban, Territoires palestiniens, Oman, Qatar, Arabie Saoudite, Syrie, Emirats Arabes Unis, Yemen

[14] OECD, World Migration in figure, oct 2013

[15] Eurostat, Migrant integration statistics – education, May 2017

[16] Population & sociétés, Mathieu Ichou, Anne Goujon et l’équipe de l’enquête DiPAS, Le niveau d’instruction des immigrés : varié et souvent plus élevé que dans les pays d’origine, n°541, février 2017

[17] Eurostat, Migrant integration statistics – education, May 2017

[18] Eurostat, Educational attainment Statistics, June 2017

[19] United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division (2017). International Migration Report 2017: Highlights (ST/ESA/SER.A/404).

[20] United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division (2017). International Migration Report 2017: Highlights (ST/ESA/SER.A/404).

[21] United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division (2017). International Migration Report 2017: Highlights (ST/ESA/SER.A/404).

[22] IMO, World Migration Report, 2015

[23] Florence Jaumotte, Ksenia Koloskova, and Sweta C. Saxena – Spillover taskforce / International monetary fund, Impact of migrations on Income Levels in Advanced Economies – Spillover Notes n°8 Oct 2016, revised Dec 2016 ; 

[24] United Nations Department of Economic and Social Affairs/Population Division, International Migration Report 2015, 2015

[25] United Nations, Department of Economic and Social Affairs/Population Division, Trends in International Migrant Stock: The 2017 revision, 2017 (United Nations database, POP/DB/MIG/Stock/Rev.2017).

[26] Site de l’Organisation internationale pour les migrations, 2018.

[27] United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division, World Population Prospects: The 2017 Revision, 2017.

[28] UN High Commissioner for Refugees (UNHCR), Climate Change and Disaster Displacement: An Overview of UNHCR’s role, 2017

[29] OMI, Les migrants et les villes : de nouveaux partenariats pour gérer la mobilité ; Etat de la migration dans le monde, 2015

[30] United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division (2017). International Migration Report 2017: Highlights (ST/ESA/SER.A/404).

[31] United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division (2017). International Migration Report 2017 :  Highlights (ST/ESA/SER.A/404).

[32] Nadji Safir, Nouveaux enjeux migratoires régionaux et perspectives, Le soir d’Algérie, Samedi 1° et Dimanche 2 Avril 2017.

[33] i) Sahel : Sénégal, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad ; ii) Maghreb : Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie et Libye, tous membres constitutifs de l’Union du Maghreb Arabe et participant au dialogue dit des « 5 + 5 », au titre de la rive méridionale du bassin de la Méditerranée Occidentale ; iii) Europe du Sud : Portugal, Espagne, France, Italie et Malte, tous membres de l’Union Européenne et participant au dialogue dit des « 5 + 5 », au titre de la rive septentrionale du bassin de la Méditerranée Occidentale.

+ - Aide au développement et migrations

Le développement comme alternative ?

Catherine Wihtol de Wenden, quel est le lien entre développement et migrations ? Est-il pertinent de présenter le développement comme une alternative aux migrations à court ou moyen terme ?

L’idée sous-jacente, au-delà d’un aspect caritatif, est souvent celle d’un retour sur investissement des politiques de développement en matière de réduction du flux migratoire. La situation de l’Europe du Sud est alors citée comme référence. L’arrêt des migrations en Italie, en Espagne, au Portugal dans les années 80 fut en effet concomitant avec leur développement économique. Mais la réalité est plus complexe et il existe des raisons précises à cet arrêt des migrations : la fin des dictatures, l’entrée dans l’Union Européenne, la transition démographique, le décollage économique, et l’aide financière européenne.

Au sud de la Méditerranée, sur le continent africain, ces conditions ne sont aujourd’hui pas réunies et il ne faut pas s’attendre à ce que le développement soit une alternative aux flux migratoires. Le développement économique du continent va se traduire par plus de migrations. Plus scolarisés, plus urbains, plus informés, ces hommes et ces femmes voudront se déplacer, aller et venir, tenter leur chance ailleurs, tout comme les Européens. La migration est une forme de modernité, le choix entre rester ou partir. Ils n’aspirent souvent pas à quitter définitivement leur pays et plus cette option sera réalisable, moins il y aura de migrations définitives.

Le développement est profondément utile et beaucoup a été fait, mais ce n’est pas une alternative à la migration à court ou moyen terme.

 

Premier bilan du codéveloppement et des politiques de retour au pays.

Vous parlez des actions engagées en matière de développement depuis plusieurs décennies. Quel bilan faites-vous du codéveloppement et des politiques de retour au pays ?

Catherine Wihtol de Wenden

Depuis 30 ans des politiques de codéveloppement et d’aide au retour ont été engagées (1977 en France), avec initialement l’idée de donner de l’argent aux migrants pour « rentrer au pays », de bancariser leurs transferts de fonds et de mener une série de politiques pour que l’argent des migrants permette le développement de leur pays d’origine. Ce furent des échecs patentés, pour plusieurs raisons. D’une part, le retour devait être accompagné d’initiatives de développement locales et ce ne fut pas toujours le cas. Les migrants ne rentraient pas dans cet esprit ou les infrastructures susceptibles de leur offrir un soutien au retour étaient insuffisantes.  D’autre part, les migrants revenus au point de départ repartent souvent dans les trois mois, parce qu’ils ont une meilleure idée de leurs chances, pour ne pas rester sur un échec, ou parce qu’ils ont payé un passeur pour plusieurs tentatives.

Au-delà, sur le fond, pourquoi demander à un ressortissant africain de développer son pays, alors que personne ne le demande à des Allemands partis aux Etats-unis ? Pourquoi faire porter sur des individus pauvres et ne trouvant pas d’opportunités chez eux le développement de leur pays ?

En réalité, que ce soit au niveau national ou européen, les politiques d’aide au retour sont des visions sociales, des perceptions, un enjeu pour l’opinion publique, mais ne relèvent pas du développement.

Rémy Rioux

La perception sur les migrations doit être rééquilibrée. Deux politiques existent, non pas une seule : une politique de maitrise des flux migratoires et une politique de développement. Il est essentiel d’intégrer les enjeux migratoires dans la vision du développement mais le développement ne peut avoir pour objectif de réduire les migrations à court terme. Ce n’est pas réaliste.

Rémy Rioux, l’aide au développement a-t-elle un rôle sur le long terme ?

Je suis entièrement d’accord avec Catherine Wihtol de Wenden, il faut casser l’idée que faire du développement réduit les migrations. Le développement hausse le niveau de vie, et crée le mouvement. Ainsi, ce ne sont pas les plus pauvres qui migrent, mais ceux qui ont accès à l’information, aux moyens, aux réseaux.

Il y a cependant une corrélation forte sur le long terme entre migrations et développement : ce qui génère les migrations, ce sont les inégalités. L’enjeu est dès lors une question de flux et de maitrise de ces flux de population. Le développement est un des instruments pour le gérer sur le temps long, mais il ne peut être jugé à l’aune des flux. En réalité, les migrations sont des choix individuels et il faut les appréhender comme tels.

Le développement, c’est donner des choix raisonnables et viables aux gens quand ils n’en ont pas, leur ouvrir le choix de rester chez eux ou d’en partir. Ce serait humainement un grand progrès. Dire que la migration en soi est formidable n’a pas de sens, de même que rester dans un pays très pauvre dans des conditions de vie indignes n’est pas envisageable. En redonnant le choix, en ouvrant des perspectives, le développement peut être une réponse aux causes profondes des migrations. Cela nécessite de comprendre les raisons du départ et d’intégrer ces aspects dans nos produits et nos actions, de l’agroécologie à la formation professionnelle. Au-delà du choix, les actions de développement peuvent également impacter les conditions de la migration (migrer en étant mieux préparé, avec une formation, dans une perspective professionnelle construite) et améliorer la sécurité des personnes migrantes qui sont victimes de violences sur les routes migratoires.

Lorsqu’elles s’effectuent dans un cadre favorable, les migrations internationales contribuent au développement économique et humain des pays concernés, d’origine ou de destination, et individuellement aux migrants.

Concrètement, quels outils mettez-vous en œuvre ?

Rémy Rioux

Nous construisons un continuum d’instruments dans les différents espaces, avec des micro-projets ruraux, des actions sociales ou de grands projets urbains.

Dans les pays d’origine, dans les zones rurales et urbaines, nous renforçons notre cœur de métier traditionnel (infrastructures, investissement, santé, éducation). Je peux prendre l’exemple de l’agroécologie, qui permet de préserver des terres, de les revitaliser, et en accroissant les revenus agricoles, de donner des perspectives à des paysans et de redynamiser des villages entiers.

Dans les pays de premier accueil, ceux de premier choix, parfois qualifiés de transit, nous développons des instruments plus dynamiques, sur la formation professionnelle, l’intégration sur le marché du travail, en particulier des jeunes. Nous travaillons aussi à l’assainissement des banlieues urbaines en pleine expansion, les migrants venant souvent grossir les populations des bidonvilles.

Les projets de développement permettent aussi une meilleure intégration dans la communauté d’accueil, la possibilité de conserver le choix tout au long du parcours.

Nous imaginons également développer des produits spécifiques de politiques migratoires, sous forme d’aide budgétaire ou de prêt de politique publique par exemple, afin de mieux accompagner l’innovation portée par certains pays partenaires comme le Maroc, considéré comme pays pionnier en Afrique ce domaine.

En France, nous nous appuyons sur la société civile et en particulier une diaspora nombreuse, structurée et active, qui nous distingue de nos partenaires européens. Nous accompagnons les initiatives de solidarité et les investissements économiques et intellectuels des migrants en direction de leur pays d’origine. Les collectivités territoriales sont également au centre de la problématique migratoire. Comme énoncé par un fonctionnaire municipal de la ville de Barcelone à l’occasion de la conférence mondiale Villes et migrations en 2017 « Si les Etats gèrent des flux, les collectivités gèrent des personnes ». Qu’il s’agisse de croissance économique et d’emploi, d’accès et de gestion des services de base, de cohésion sociale, de solidarité ou d’action culturelle, l’impact des migrations sur les territoires constitue un défi pour les collectivités, tant en termes de planification que de gestion des ressources. Elles doivent devenir un partenaire clé des agences de développement sur les migrations.

Une telle approche ouvre des marges de manœuvre et d’action, mais savoir intervenir sur tout le parcours est complexe.

Catherine Wihtol de Wenden, que pensez-vous de ces projets ?

L’AFD fait du développement, et le fait bien, mais ne cherche pas à arrêter les migrations. Il est à peu près impossible d’avoir un impact sur les migrations à moyen terme via le développement, précisément parce qu’il s’agit de petits projets, ruraux ou urbain, d’un développement local, décentralisé, d’un développement humain, dans les villages, dans les familles et non au niveau global des Etats. Les conditions de travail seront meilleures, et certains départs seront peut-être reportés ou limités, mais ce sera très marginal. Les migrants suivent les flux économiques, et cela dépasse l’aide au développement. Des politiques de développement ne peuvent infléchir le sens des migrations, ni réellement leur nombre. Néanmoins, les projets de développement peuvent améliorer qualitativement les parcours migratoires : les migrants sont mieux préparés, mieux armés, et s’insèrent plus facilement.

L’effet peut même être tout autre, et inattendu. L’aide au développement fait aussi connaitre des bailleurs à des hommes ou des femmes qui ne seraient peut-être pas partis : depuis que la Chine investit en Afrique, des Africains migrent en Chine. Elle contribue à la hausse des prix de ce parcours migratoire, les passeurs augmentant les tarifs avec le développement économique des populations intéressées.

Nadji Safir, quel rôle pourrait avoir l’aide au développement au Maghreb dans ce contexte ?

L’aide au développement au Maghreb ne peut avoir un impact significatif sur les enjeux migratoires qu’à la double condition d’être bien coordonnée et ciblée. La coordination implique un ensemble de liens à établir entre tous les acteurs investis dans la démarche ; à commencer bien évidemment par tous ceux relevant de l’Union Européenne, principal partenaire de la région ; qu’il s’agisse de programmes européens ou strictement nationaux. Le ciblage suppose une bonne approche des marchés du travail concernés et donc, s’appuyant nécessairement sur des études visant la connaissance des différents segments qui les structurent et ce, selon divers critères : espace géographique, secteur d’activité, degré technologique, niveau de qualification, sexe, etc. L’objectif étant de viser la promotion de millions de jeunes maghrébins en renforçant les mécanismes en mesure d’assurer leur insertion dans la vie active. Etant entendu qu’une telle démarche implique un cadre de gouvernance dynamique pleinement assumé par les acteurs politiques nationaux aux niveaux national et local.

François Gemenne, dans le cas des migrations climatiques, quelles sont les réponses envisageables en termes de prévention, d’adaptation, ou de soutien aux populations ?

Les stratégies d’adaptation au changement climatique, au cœur des politiques de développement, sont toutes de nature à réduire les migrations forcées, à réduire la contrainte à la migration. Un groupe de travail a même été lancé dans le cadre de l’accord de Paris lors de la COP 21.

Concrètement, il y a différents types d’actions, au niveau international, national ou local :

Celles qui peuvent favoriser les migrations et favoriser ainsi l’adaptation. Il y a ainsi différents types d’accord entre la Colombie et l’Espagne, la proposition de création d’un nouveau type de visa humanitaire pour les déplacés climatiques par la Nouvelle Zélande en octobre 2017[1], ou des initiatives régionales. Les pays d’Afrique de l’Est négocient un protocole de libre circulation – sorte d’espace Schengen- notamment en réaction au changement climatique, pour permettre aux populations pastorales nomades de ne pas être en compétition pour les terres et les ressources ;

Celles qui contrent les effets du dérèglement climatique, via la construction d’infrastructure ou les mesure de protection des populations (digues sur le littoral) ;

Celles qui soutiennent les populations. Dans le monde agricole, il peut s’agir de favoriser certains types d’irrigation, ou mettre en place des systèmes d’assurance au niveau local de manière à couvrir les agriculteurs en cas de mauvaise récolte. Cela signifie que si la récolte n’est pas bonne, ils ne sont pas obligés de migrer pour trouver un complément à leur revenu. La garantie d’un revenu de remplacement aux agriculteurs est ainsi expérimentée en Inde depuis plusieurs années.

Ainsi contrairement aux autres migrations sur lesquelles l’aide au développement n’a en réalité que peu d’impact à court terme, les actions en matière d’adaptation peuvent avoir un impact considérable sur les migrations qui ont une cause liée aux enjeux climatiques. Il ne s’agit pas seulement d’améliorer le revenu des gens, mais de leur permettre de rester là où ils sont.

Quelle anticipation ?

Rémy Rioux, Catherine Wihtol de Wenden, est-il possible d’anticiper les crises, de traiter les vulnérabilités en amont ?

Rémy Rioux

Nous avons développé une réflexion particulière sur les vulnérabilités, souvent multiples : sociales (emploi des jeunes, etc.), climatiques (dégradation des terres, etc.), sécuritaires ou politiques. Je pense au lac Tchad par exemple et au programme RESILAC que nous y déployons avec les ONG françaises et l’Union européenne. Il est essentiel de comprendre les situations en amont, pour idéalement prévenir les crises, ou du moins mieux en appréhender les ressorts, pour les traiter au plus tôt. Nous faisons un lien étroit entre urgence et développement, afin d’intégrer une approche structurelle dès les premières mesures de réponse aux crises.

Catherine Wihtol de Wenden

Sur un plan politique, il est extrêmement difficile de prévoir les crises migratoires. Personne n’avait prévu les révolutions arabes ou la crise syrienne. A l’inverse, la situation est critique dans certaines régions depuis des années, sans explosion. Ces crises sont multifactorielles et leur évolution vers la guerre civile ou le statu quo est impossible à prévoir.

Rémy Rioux

Les acteurs du développement doivent mettre en place des outils adaptés, renforcer leur palette d’intervention. Si l’on interroge un citoyen européen sur les migrations, il parlera des migrants en Europe, des gardes côtes mais n’évoquera pas même le développement, très accessoire. Il n’est pas perçu à sa juste mesure.

Nous devons faire plus, c’est l’ambition de la France, comme l’a annoncé le Président de la République à la tribune des Nations Unies, comme il l’a engagé en Afrique. Faire plus, c’est aussi une ambition européenne, premier bailleur du développement au monde, et allemande : la Chancelière Angela Merkel est allée au Mali, au Niger, à Addis Abeba et a reçu les présidents Muhammadu Buhari et Idriss Déby. Elle portait un message politique sur le développement des territoires, qui a manifestement trouvé un écho chez les Allemands.

L’année 2018 est une année importante pour la gouvernance mondiale des migrations, avec la ratification prévue du Global compact sur les migrations par les Nations Unies.

[1] James Shaw, ministre du changement climatique, Radio New Zealand, 31 octobre 2017.

+ - L’impact des migrations sur les pays, de départ, d’arrivée, traversés

Migration et développement des pays d’origine.

Quel est l’impact des migrations sur les pays d’origine ? Est-ce potentiellement un facteur de développement ou un appauvrissement ?

Rémy Rioux

La migration n’est pas un bien ou un mal en soi, et il n’y a pas d’apologie ou de critique absolue à en faire. L’impact est souvent favorable dans le pays d’accueil si l’on en croit l’histoire, avec des appels de main d’œuvre périodiques aux migrants, selon des formes et avec une intensité variable selon les époques. En revanche, pour les territoires d’origine, les flux d’émigration sont rarement gagnants, en dehors des flux financiers engendrés, les rémittences [429 Mds$[1] sont envoyés chaque année par les migrants dans leur pays, ce qui représente près de 3 fois l’aide publique au développement], d’où l’importance de soutenir et développer ces territoires d’origine ou ces destinations de premier choix. Si contribuer à développer la Côte d’Ivoire permet à long terme de limiter un afflux de migrants en France, cela a des impacts positifs à court terme pour le Mali ou le Niger par exemple : plus d’effets économiques induits, plus rapides, un renforcement des liens de solidarité, etc.

En fait, c’est lorsque les migrations, professionnelles ou étudiantes par exemple, sont circulaires, que la mobilité est facilitée au sein d’une région ou d’un pays, que le potentiel des migrations pour le développement est le plus fort.

Catherine Wihtol de Wenden

L’impact des migrations sur les pays de départ, sujet de sociologie étudié notamment à l’Institut de Recherche pour le Développement, est moins univoque qu’on pourrait le penser. La première conséquence envisagée est souvent l’appauvrissement démographique, la perte de forces vives, le Brain Drain et j’en reparlerai, mais les migrations peuvent être une chance pour les pays de départ. Je pense en particulier à quatre aspects.

Le développement économique dans un premier temps, que ce soit en termes de transfert de fonds, ou de retombées sur le marché du travail, grâce aux investissements faits par ces migrants dans leur territoire d’origine. 30 millions d’Indiens ont migré dans le monde et ont créé des emplois en Inde. Le sud-est de la Chine se développe autour de la sous-traitance pour l’export. Les conditions économiques et règlementaires doivent être favorables à la création d’entreprises : pas de poids administratif, un clientélisme limité, peu de barrières fiscales, douanières, etc. Cela n’est cependant pas sans impact négatif. Ainsi, certains pays de départ deviennent des rentiers de la migration, comme la vallée du fleuve Sénégal, ou les Philippines [Un Philippin sur dix vit à l’étranger et les rémittences représentent près de 30Mds$ en 2016, soit 9,6% du PIB[2]]. Se créent alors des inégalités de développement entre les régions les plus riches, qui paradoxalement sont celles d’où les migrants partent, et celles les plus pauvres. Cela crée en outre des déséquilibres démographiques, avec des populations où les femmes, les personnes âgées et les jeunes enfants sont sur-représentés (vallée du fleuve Sénégal, Arménie, Philippines).

La réduction de la population peut aussi avoir des effets positifs directs sur un pays. Cela a été le cas de l’Europe du Nord où la terre donnait peu. Un tiers des habitants ayant émigré vers les Etats-Unis, les restants ont bénéficié d’un revenu du sol supérieur, permettant ainsi un développement macroéconomique (Norvège, Suède, Danemark).

Le développement futur du pays ensuite, via des retours gagnants au pays. Avec un certain niveau de développement macroéconomique se développent des perspectives de retour, par exemple au Nigéria, ou en Angola. Les migrations d’élites, pour les études ou l’apprentissage professionnel, s’inversent pour profiter de la croissance nationale et la soutiennent. Les flux pendulaires sont aussi source de richesse. Ce sont des citoyens qui ont une double nationalité, des titres de séjour à entrées multiples, ou de longue durée. Ils sont toujours en mouvement, pour des activités économiques, ou des raisons familiales, en fonction de la conjoncture économique, des opportunités, des chantiers, de la saison maraichère, etc. et construisent leur vie sur ce modèle. Ils aspirent à un droit à la mobilité encore réservé à un tout petit nombre. De nombreux ressortissants de pays de l’est sont dans cette situation : les Polonais, les Roumains, les Roms. C’est aussi de plus en plus le cas des migrants sub sahariens dans les pays du Maghreb.

Un enjeu d’image enfin. La diaspora est aussi un vecteur d’influence et un acteur puissant pour défendre les intérêts du pays. Certains pays développent une forme de « diplomatie des migrations », utilisant ce canal pour étendre leur (parfois faible) surface internationale : l’Erythrée, le Népal, l’Inde, le Mexique.

Rémy Rioux

Je partage la vision de Catherine Wihtol de Wenden sur le volet économique en particulier. L’AFD a travaillé avec les ministères des finances et des affaires étrangères français à la facilitation des transferts de fonds des migrants, depuis 2011, même si au niveau mondial, ces taux restent cependant relativement stables [Autour de 7,5% pour 200$[3], 9,8% en Afrique sub saharienne].

Au-delà, les projets de fonds, de produits d’épargne pour favoriser ces investissements existent, mais n’ont jamais réellement débouché sur des outils fonctionnels. Dans notre rapprochement avec la Caisse des Dépôts et consignations, nous abordons ce thème. Les Italiens créent en effet des ponts entre le fonds d’épargne de la caisse des dépôts italienne (Cassa depositi et prestiti) et la Caisse de dépôts et de gestion du Maroc par exemple, pour faciliter l’utilisation des fonds d’épargne italiens des immigrés.

Faut-il craindre un brain drain / pillage des cerveaux ?

Catherine Wihtol de Wenden

Il existe évidemment une migration d’élites, les pays les plus riches attirant les citoyens les plus qualifiés des pays les plus pauvres, ce qui est une perte sèche pour le développement du pays d’origine. Les pays développés rentrent en concurrence sur ce volet, avec des systèmes de visa spécifiques, de bourses pour étudiants, des facilités accordées aux entrepreneurs, etc. L’impact est cependant différent selon l’importance de ces élites et la nécessité de leur présence (le médecin togolais n’est pas dans la même situation que l’ingénieur informatique indien). Et si cela existe au Sud, l’Europe n’est pas épargnée. [En Haïti, selon la Banque Mondiale[4], 75% des diplômés du supérieur émigrent].

A l’inverse, les pays du Sud eux-mêmes n’ont souvent pas le marché du travail permettant d’absorber ces employés qualifiés : rien à proposer à ces cerveaux. Les écarts entre les désirs d’une partie de la population et les possibilités offertes par les pays concernés se creusent, créant une perte de confiance. Les pays du sud eux-mêmes peuvent aussi souhaiter ne pas retenir ces citoyens qualifiés, sources de revenus ultérieurs via les rémittences, sources potentielles de déstabilisation s’ils restent.

 

Migrations et pays d’installation (transit et destination)

L’actualité montre à quel point le sujet est sensible dans les pays d’accueil, de transit ou d’installation : enjeux de sécurité, de relation à la laïcité, de crainte pour le marché du travail, etc. Que penser des impacts des flux migratoires pour les pays d’installation de votre point de vue ?

Catherine Wihtol de Wenden

L’augmentation des flux des pays d’Afrique sub-saharienne et la crise syrienne, associées à la fermeture des frontières européennes a fait des pays du voisinage, au Sud (Maroc, Algérie, Libye) ou à l’Est (les Balkans) des sas pour les migrants. Certains s’installent, d’autres attendent des jours meilleurs pour passer. Ces situations nouvelles créent de nouveaux défis : humains (la situation des migrants en Libye), en termes de statuts, avec la multiplication des sans-papiers, et de discrimination, mais aussi économiques : travail au noir, précarisation des emplois.

Au-delà, dans les pays d’accueil, les parcours d’intégration ne sont plus linéaires et ils sont très fortement impactés par les conditions d’entrée. Etre sans papier pendant 15 ans, ou mineur isolé dans la rue, ne peut qu’impacter considérablement le processus d’intégration.

Nadji Safir, comment analysez-vous le cas spécifique des pays du Maghreb ?

De plus en plus, une perception de divers enjeux – y compris politiques et sécuritaires – liés aux migrations en provenance des pays du Sahel est nettement perceptible. Ainsi, en Algérie, un colloque a été organisé en février 2017 par l’Institut Militaire de Documentation d’Evaluation et de Prospective (IMDEP) du Ministère de la Défense Nationale, posant le problème en termes de menaces sécuritaires : « Migrations de crises et sécurité régionale : quelles perspectives pour l’espace euromaghrébin ? ». Un haut responsable de ce ministère y déclarait : « L’aggravation de ce phénomène est devenue une source d’inquiétude pour plusieurs pays à cause de la difficulté de contrôle d’immenses flux de migrants d’une part, et d’autre part, la crainte de l’exploitation de ces migrants par des terroristes et les responsables de la criminalité organisée, et qui constituent un danger pour la sécurité et la stabilité de la région. »

De manière plus générale, l’importance croissante des flux migratoires en provenance d’Afrique subsaharienne – notamment des pays du Sahel – commence à générer dans les pays du Maghreb divers phénomènes de société. Dont ceux liés à une perception négative des populations d’origine subsaharienne et qui peuvent même entraîner à leur égard des phénomènes de discrimination raciale.

Entre autres, car, dans un contexte de taux de chômage élevé dans les pays du Maghreb, l’offre de travail additionnelle que représentent les flux en provenance des pays du Sahel ne peut que contribuer à détériorer les positions relatives de certains groupes sociaux locaux. Encore que ce point de vue mérite cependant d’être nuancé. Ainsi, en Algérie, dans certains secteurs d’activité – comme le BTP et l’agriculture – et dans certaines zones géographiques, la main d’œuvre en provenance des pays d’Afrique sub-saharienne est plutôt bien accueillie dans un contexte où, pour les entreprises, il n’est pas toujours facile de trouver la main-d’œuvre dont elles ont besoin.

Par ailleurs, les flux migratoires en provenance du Sahel changent aussi la donne pour certains des migrants potentiels maghrébins en créant à leur égard une forme de concurrence pour ce qui concerne la destination finale européenne. Cependant cette situation ne peut concerner que les migrants potentiels les moins qualifiés puisqu’en règle générale, une grande partie des migrants maghrébins qualifiés est en mesure de migrer vers l’Europe de manière légale. 

Rémy Rioux, vous avez été à l’origine d’un rapport réalisé en 2013 par H. Védrine, L. Zinsou, JM. Sévérino, T. Thiam et H. El Karaoui sur la nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France. Il proposait de « bâtir un nouveau partenariat basé sur une relation d’affaires avec le continent africain, en particulier avec les pays au Sud du Sahara ». Que concluait-il sur les enjeux économiques ?

Les migrations peuvent être une chance sur un plan économique, pour les pays d’accueil. En France, ce peut être une réponse au vieillissement de la population et le développement potentiel de nouveaux marchés pour nos entreprises, souvent appuyé sur des emplois en France. Le rapport « un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France » soulignait notamment l’importance de l’ouverture, des hommes et des échanges.

Il proposait (Proposition 1) de miser sur le capital humain et la circulation des acteurs économiques en poursuivant en priorité la rénovation des procédures de visas économiques et de leur mise en œuvre, qui constituent un frein important à une croissance partagée. La première demande des acteurs économiques concerne ainsi une plus grande liberté de circulation. Des mesures ont été prises en 2013 à cet égard en réponse au rapport.

Il suggérait aussi (Proposition 11) de réinvestir la présence économique extérieure française en Afrique subsaharienne, en associant davantage la diaspora africaine de France à la politique économique africaine de la France, mais aussi à la conception et à la participation à des projets d’échange et de coopération avec l’Afrique et aux organisations professionnelles du secteur privé. Il soulignait à cet égard l’importance des flux financiers issus des migrants, que j’ai déjà évoquée, tant en volume : 30Mds$ en 2012 en Afrique subsaharienne (34Mds$ en Afrique subsaharienne sur 429Mds$ en 2016[5] soit plus que l’Aide publique au développement) que pour soutenir la croissance.

Dans ce contexte, il concluait que la France peut gagner au moins 200 000 emplois sur 5 ans en doublant le montant de ses exportations vers l’Afrique, objectif qui suppose un dialogue équilibré.

Et au-delà des enjeux économiques ?

Les migrations sont une dimension essentielle de la relation, politique, sociale, économique, qui va nous lier à ces pays pour longtemps. Nous la sous-estimons, nous la sous-utilisons. La relation de demain entre la France et l’Afrique ou entre l’Europe et l’Afrique, sera portée par les diasporas, qui prendront demain la parole, qui feront des projets. C’est déjà le cas aujourd’hui Certaines entreprises s’appuient ainsi sur des employés de la diaspora pour développer des antennes dans leurs pays d’origine. Cela facilite l’implantation, permet de valoriser immédiatement une connaissance des fonctionnements locaux et crée de la valeur. Sur un autre plan, suite à la crise au Mali, une réunion de la diaspora a été organisée par le ministère des Affaires étrangères[6] et la diaspora avait pleinement sa place dans le cadre de la Conférence des donateurs pour le développement du Mali organisée à Bruxelles.

En ce qui concerne la situation sociale des pays d’accueil, nous voyons au Sud, en Côte d’Ivoire par exemple, que la question de l’intégration de ces populations immigrées, de leur acceptation, se pose dès aujourd’hui. Il nous semble qu’une réponse passe par l’éducation au développement et à la diversité culturelle. Au-delà des infrastructures, nous veillons ainsi à penser aussi le développement en termes de gouvernance, de culture, de pédagogie et nous développons dans cet esprit des kits spécifiques sur l’éducation au développement et à la citoyenneté. Ils mentionneront bien entendu les enjeux migratoires.

[1] World Bank, Migration and remittances, Recent developments and outlook, April 2017

[2] World Bank, Migration and remittances, Recent developments and outlook, April 2017

[3] World Bank, Migration and remittances, Recent developments and outlook, April 2017

[4] Migration and remittances, Factbook 2016 ; World Bank, citant « Arslan et al (2014) and OECD Database on Immigrants in OECD and non-OECD Countries: DIOC 2010/11 »

[5] World Bank, Trends in Migration and Remittances, April 2017

[6] La diaspora malienne pour la paix et le développement au Mali, 10 avril 2013, Montreuil

+ - Conclusion

La migration est avant tout une décision humaine, individuelle, et chaque migrant suit son propre parcours, avec sa rationalité, qui transcende les Etats (pays d’origine, pays de premier choix, temporaire peut être, destination d’accueil). Les enjeux migratoires sont donc par essence multi-pays et ne peuvent être traités que dans une dimension internationale, le plus souvent régionale, sur un plan technique et sécuritaire, mais aussi normatif et juridique, les questions de droit étant centrales pour les migrants. Il s’agit de ne pas cloisonner, de ne pas ramener les pays à une approche nationale quand la dimension est autre. Conserver les approches strictement bilatérales existantes (Maroc-UE & Maroc / Sahel, UE-Sahel & Union Européenne-Maghreb, etc.) sera insuffisant pour répondre au défi structurel qui est déjà posé. Nous devons ainsi appréhender des dynamiques territoriales, y compris dans leur volet migratoire, et imaginer des réponses au niveau local et au niveau de plateformes géographiques régionales, à l’instar des migrants.

Les migrants s’interrogent, regardent le monde, captent des informations, s’orientent en fonction. L’Europe peut de même apprendre de ce qui se fait de par le monde : lancement de visa humanitaires en Nouvelle Zélande, adaptation des institutions au Liban, coopération régionale dans la zone Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). Il y a certainement des leçons à tirer de l’intégration des travailleurs immigrés en Côte d’Ivoire, de l’accompagnement des déplacés climatiques dans les archipels océaniens, ou de la mobilisation des diasporas par l’Irlande ou l’Arménie.

La perception des migrations est cependant différente. Au Sud, les échanges sont plus faciles, la fluidité est plus grande, les frontières plus poreuses, les liens interfamiliaux plus forts. Mais à l’inverse, si l’Europe a des difficultés à accueillir les migrants aujourd’hui, souvent par peur, quand elle le fait (droit d’asile, regroupement familial), les conditions de vie associées, en termes d’accès à la santé, au travail, au logement, à l’éducation, sont incomparables. Les migrants peuvent acquérir un certain nombre de droits. Le regroupement familial, le soutien aux mineurs isolés, sont inconnus dans la plupart des migrations Sud-Sud. L’Europe offre quant à elle un avenir à ceux qu’elle accueille.

Les migrants nous ressemblent : ils ont des aspirations, cherchent une vie meilleure et s’engagent pour cela avec courage. Ils nous ressemblent parce qu’un nombre considérable de familles françaises a vécu des situations de migrations, de déracinement, et d’intégration dans leur histoire : 23%[1] de la population française a en moyenne un grand parent immigré. Et combien sont issus de familles qui ont quitté des zones rurales déshéritées au XIXème siècle ? Ils nous ressemblent, parce que des milliers de Basques ou de Savoyards sont partis en Amérique latine au XIXème siècle, et que 2 millions de Français sont partis à l’étranger entre 2004 et 2015[2].

Regardons notre histoire en face : le mouvement est humain, l’intégration est possible et l’empathie nécessaire. Tout ce qui pourra faire prendre conscience que les réalités du sud sont distinctes des nôtres, sans en être radicalement différentes, tout ce qui soulignera qu’elles nous concernent, recréera du lien, sur le long terme.

[1]   Musée de l’histoire de l’immigration

[2] Gérard François Dumont, La France, pays d’immigration et…d’émigration, Population et Avenir 2016/5, 2016